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vendredi, 22 juin 2012

War and Love au Hellfest 2012

Un terrain boueux à cause de la pluie, Lynyrd Skynyrd à l'affiche, des festivaliers qui vous sautent dessus en plein concert pour vous embrasser et vous souhaiter un « bon festival ! »: vous avez dit Woodstock ? Perdu, c'était le Hellfest 2012 ! Au risque de décevoir les éternels grincheux titillés par le goupillon, le plus grand festival de métal en France n'abrite pas des messes noires, mais simplement des fans de musique décontractés, gay-friendly, aimant le cosplay et les bisoux (comme François Hollande). Et si les métaleux étaient les nouveaux hippies?

 

Vendredi 15 juin au matin. Le temps est un peu frais à Clisson, ravissant village près de Nantes, aux très belles architectures toscanes (d'où son surnom de "Clisson l'italienne") et traversé par la Sèvre. Il fait frais, mais les commerçants ne perdent pas de temps : les trois jours à venir vont être les meilleurs de l'année pour leur chiffre d'affaires.

Au Leclerc de la zone commerciale, les managers se décident à aller ouvrir les portes vers 9h. On notera l'impatience des employés, et du "public" du balcon : 

Car oui, un Hellfest réussi, ça commence toujours par l'approvisionnement en bière, barbaque, Jack Daniel's et PQ pour faire face à 3 jours de camping au son du métal.

Alors, du point de vue de l'habitant, que se dit-on ? "Gueulards, sapés en noir, et Dieu seul sait quoi d'autre encore (qu'on n'ose imaginer, cela va sans dire) ?" OK, une telle arrivée peut rappeler à certains les débordements des Hell's Angels. A cette petite différence près : ils ne sont pas aussi dangereux. Mais alors, pas du tout.  

Au risque de décevoir les intégristes catholiques de Clisson et d'ailleurs, au Hellfest l'ambiance est toujours bon enfant, décontractée, voire familiale. Certes, la scène The Temple, réservée aux groupes de black metal, peut laisser le novice un peu dubitatif, voire inquiet, et la file d'attente était très longue pour avoir un autographe des mecs de Cannibal Corpse, mais aucune sauvagerie ou messe noire n'a été constatée. Pour tout vous dire, Satan devait faire la gueule. Ca sentait plus le cannabis que le soufre. 

Pour preuve, il suffisait de suivre les effluves qui émanaient de la tente The Valley, dédiée au stoner, sous-genre plutôt planant dans le métal. Jeff et Gwen, croisés lors du set d'Orange Goblin, sont des fidèles du Hellfest depuis trois ans : « Que ce soit les organisateurs, ou le public, les gens sont hyper sympas, apprécie Jeff. Bon, il y a toujours quelques crétins pour pogotter quand on n'en a pas envie, mais on les calme gentiment, et globalement on se sent très bien. Ecouter, boire, manger, tant qu'on satisfait ces trois besoins essentiels, on n'a pas à se plaindre! »

Les bisoux, c'est maintenant

Lors de sa création en 2006 et même après, le Hellfest a évidemment du essuyer bon nombre d'oppositions à Clisson. Certains habitants à l'oreille sensible ou prêtres de la "décence" arguaient qu'on pouvait "vivre bien à Clisson... sans le Hellfest", dans le but de préserver la jeunesse. Or, la grande majorité des habitants du charmant village, qui devient capitale française du métal pendant 3 jours chaque année, s'est parfaitement accomodée de l'arrivée des métaleux dans leur bourgade. Et ne parlons pas de la jeunesse justement. Mieux : elle les trouve sympathiques.

"Il ne faut vraiment pas s'arrêter à leur look. Ils sont tellement courtois que le tutoiement n'est pas instantané" expliquait une maman à la sortie de l'école primaire au journaliste de Rue89. Une autre maman, de bénévole du festival cette fois, va même plus loin : "Il y a un esprit fraternel et pacifique, j'ai l'impression d'être dans une continuité de Woodstock". 

Et c'est exactement ça l'ambiance du Hellfest : loin des avatars de rednecks dégénérés fans du port d'armes, les métaleux sont là avant tout pour s'amuser et écouter la musique qu'ils aiment. 

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Côté camping, on pouvait compter pas moins de 4 emplacements dotés de sanitaires pour accueillir les quelques 75 000 festivaliers qui sont venus en 3 jours. Dans le cadre de la logistique, deux écoles s'affrontent. D'un côté, la spartiate : « Le métaleux, il creuse son trou dans la terre et il se roule en boule dedans, comme les orcs. Et tant pis s'il pleut », assure Martial, fan d'AC/DC, avec conviction. De l'autre, l'hédoniste : certains n'ont pas hésité à installer la tente de jardin, agrémentée d'un lustre en métal soudé et de pots de bégonias à l'extérieur, pour patienter entre les sets et boire des coups entre potes.

Chacun son style ! Et dans le domaine, il faut s'attendre à de vraies surprises. Car le métaleux, souvent adepte de jeux de rôle et lecteur d'heroic fantasy ou de mangas, ne peut renier une certaine tendresse pour le cosplay. On croise évidemment des fans en T-shirt Sepultura, Sodom et Down, mais la gamme peut ainsi s'élargir au Tshirt « chatons », au maillot vert de Borat (donc très aéré), ou au tutu de danseuse agrémenté de collants imprimés Union Jack. Le métalleux n'est pas le dernier pour dévaliser les stands de merchandising (certains articles étaient en rupture de stock dès le 2ème jour!), ou l'Extreme Market, où l'on trouve de tout, de la grenouillère Guns n'Roses au cendrier tête de mort, en passant par l'artisan qui vous fabrique une corne à boire sur mesure.

Voici en photo un petit florilège de fans, d'ambiance saisis sur le moment : 

 

Mais le summum du déguisement, c'est tout de même le revival du glam-métal. Avec des groupes comme Mötley Crüe ou même Slash à l'affiche, il n'y avait plus de honte à avoir pour se lâcher sur le khôl et les slim panthère. Devant le carré VIP, trois fans étaient trop heureux d'immortaliser leur tenue devant l'appareil. Du pur bonheur.

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D'ailleurs, la seule présence des punk norvégiens ambigus de Turbonegro, qui ont livré un set déchaîné devant une marée de festivaliers (souvent affublés de calots de marin, LA marque de fabrique du groupe!), suffisait à lever les doutes sur l'ouverture d'esprit du métaleux. Entendu au premier rang de la fosse, ce commentaire poétique : « Rooo, il est génial le bassiste, on dirait Monsieur Esclave ! » Le Hellfest serait-il une succursale du Marais?

Une parenthèse musicale s'impose pour présenter ce groupe, très rare en France, qui semble avoir fondé son esprit sur l'idée suivante : "Les mecs, on veut faire du punk. Mais qu'est-ce qu'on pourrait trouver qui choquerait même les punks ? Et si on montait un groupe de punk gay?" Maquillage à la  Malcolm McDowell dans Orange mécanique, autrefois casquettes nazies, costume de roi d'Angleterre de Freddie Mercury et casques coloniaux.... Bienvenue au royaume du 12ème degré, et plus c'est gros, plus ça passe (et ça plaît). La musique a beau se réclamer du punk, les riffs sont efficaces et variés, et le duo Tony Sylvester (le nouveau chanteur)/Happy-Tom (le bassiste fardé) donnerait des frissons à tous les "bears" de France et de Navarre.

A preuve : 

 

Christine Boutin peut fustiger le Hellfest avec raison : on y célèbre tout ce qu'elle déteste. C'est gay-friendly, ça parle de la mort et du sexe, mais pour mieux chanter et danser la vie. Pour ce que j'en ai vu, depuis 3 ans que je viens, au Hellfest Eros est plus satisfait que Thanatos. Et Satan n'en a pas pour son argent.

 

Crédit photos : Aurélien Perol.

 

 

lundi, 07 mai 2012

Celui qui était moins connu que le labrador de Mitterrand

La phrase malencontreuse était de Chirac en 1981 lors des élections législatives. François Hollande était alors son adversaire dans la 3ème circonscription de Corrèze, et faisait ricaner le futur souffre-douleur de Mitterrand. Notre Fan-Fan aujourd'hui national ne s'était pas privé de lui renvoyer la phrase à la tronche quand ils se sont rencontrés sur le terrain.

31 ans plus tard, François Hollande est le 7ème président de la Vème République. Et Chirac a l'air con.

 

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Après Chirac... Hollande. La Corrèze, terre de champions.


Entre ces deux événements, d'aucuns diront que le chemin parcouru est logique, d'autres qu'il est inattendu. Mais en politique, où l'on ne meurt jamais de toute façon, il faut se méfier de plusieurs choses :

1. De ceux qui n'ont l'air de rien : ils ne la ramènent pas, ou moins que d'autres, mais ils avancent patiemment, lentement. Et comme on se méfie moins d'eux, ils ont un avantage pour tuer leurs concurrents. Fabius (qui l'appelait "Fraise des Bois" et qui disait aussi "François Hollande président ? On rêve"), Aubry (qui le traitait de "couille molle"), DSK le prouvent (même si ce dernier s'est tiré une balle dans le pied tout seul, bref). 

A ce titre, je me permets une petite remarque envers nos amis américains, qui voient d'un sale oeil l'élection d'un socialiste à la tête de la France. Précisons tout de même que pour les Américains, même aujourd'hui, "socialiste" = "marxiste-léniniste" (j'exagère à peine). C'est que ça ne les arrange pas trop, le programme de Hollande, à commencer par le retrait des troupes d'Afghanistan d'ici la fin de l'année. Quand ils ne sont pas dans l'angoisse totale, ils sont dans le mépris, comme en témoigne cette réflexion de Rahm Emmanuel, ancien chef de cabinet de Barack Obama et maire de Chicago : "Il a plus l'air d'un ministre que d'un président, et il ne remplira pas le costume." Quand on fait partie d'un peuple qui a élu deux fois un enfoiré doublé d'un crétin comme Deubelyou, on ferme sa gueule (fin de la petite remarque).

2. De ceux qui croient à leur destin : excluons d'office François Bayrou, dont la pseudo-prédiction que la Vierge lui aurait faite servirait presque à elle seule à démontrer la non-existence de Dieu. Mais François Mitterrand a attendu de 1965 à 1981 en se présentant à chaque élection présidentielle avant d'être élu. Bon, Hollande a décroché le jackpot du premier coup, mais sa stratégie s'est révélée plus proche de la tortue que du lièvre. Il ne faut pas se leurrer : il n'est pas là par hasard. Même s'il n'a jamais eu de ministère, jamais très ouvertement (du moins jusqu'à l'année dernière) manifesté une envie de longue date de briguer la magistrature suprême, nombreux sont ceux dans son entourage politique qui confirment que l'idée traînait dans sa tête depuis longtemps, pour enfin se muer en véritable ambition.

3. Des coups du sort :  il y a encore un an, jour pour jour, qui pariait sur François Hollande ? Le 7 mai au matin, DSK était favori dans les sondages. Une semaine plus tard, il avait les menottes aux poignets, et Hollande avait le champ libre à gauche. J'aime bien les ironies de l'Histoire : toute la géopolitique du Moyen-Orient et de l'Empire Romain chamboulé parce que Marc-Antoine préférait l'Egypte à Rome, le schisme d'Angleterre dû aux histoires de cul d'Henri VIII... Notez que c'est souvent le sexe qui bouleverse la politique.  Je dis ça, je dis rien.

4. Des rigolos et autres Monsieurs petites Blagues : quand ils ont fait Sciences Po, HEC, l'ENA, navigué dans les sphères du pouvoir depuis 30 ans, il faut les prendre au sérieux. Quand ils s'appellent Patrick Sébastien, moins.

5. Des gens qui aiment les gens : j'ai rencontré François Hollande il y a quelques mois à l'Assemblée, après un débat sur la laïcité. Devant un ascenseur. Ca fait con à dire, mais je n'avais jamais vu autant de gentillesse spontanée dans les yeux et le sourire de quelqu'un quand il m'a saluée. Je suis restée toute chose. Même avant ses 5 ans de mandat, c'est par Sarkozy qui m'aurait fait avoir des papillons dans le ventre avec un simple bonjour. Multipliez ça par tous les déplacements de terrain, les rencontres avec des citoyens, quelle que soit l'occasion (Libé de ce matin rappelait l'épisode plutôt méconnu, lors des émeutes de 2005, où François Hollande avait rencontré, sans pub, les familles de Bouna et Zyed, les deux gamins qui s'étaient tués alors qu'ils étaient poursuivis par des flics), ça fait mettre plus sûrement un bulletin dans l'urne que tous les discours.

Alors réjouissons-nous, mais ne rêvons pas au miracle. Hollande malgré sa gentillesse n'est pas Jésus, et il devra faire les réformes structurelles qui s'imposent et qu'aurait fait la droite si elle avait été réélue. Mais au moins, on peut espérer que ce sera fait dans les règles de l'art...

Prions seulement pour que les 5 prochaines années ressemblent à celles entre 1997 et 2002, et ne voient pas une vautre magistrale de la gauche qui porterait, cette fois sûrement, le FN au pouvoir. Car comme l'écrivait Brecht "le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde"...


 

mercredi, 04 avril 2012

"On va te faire la mort dans les urnes"

C'est fugace mais si ça pouvait augurer de ce qui va se passer dans moins de 3 semaines...


Sarkozy se fait traiter de "Pauvre con" à la... par Spi0n

Et il remercie. En plus ! Peut-être le seul point positif de son bilan : il aura appris à tenir sa langue en public.

Game of thrones : la reprise qui laisse en plan

Ca faisait un an qu'on l'attendait, on avait (re)dévoré les bouquins tellement le suspens était insoutenable, et voilà qu'elle nous arrivait, le 1er avril... et a fait un peu l'effet d'un poisson : quoi, c'est seulement ça le contenu du 1er épisode ? Certes, il fallait reposer les jalons, maintenant que la série prend un nouveau tournant, présenter les nouveaux personnages (la difficulté étant qu'il n'y en a plus un central comme dans la 1ère saison, à savoir Ned Stark), mais on s'attendait à un peu plus tout de même. 

Les réalisateurs nous ont tout de même gratifiés de deux joutes verbales intéressantes, celle entre Jaime Lannister et Robb Stark (avec un loup-garou en guest star) et celle entre Petyr Baelish et Cersei (absente du livre "A clash of Kings" si ma mémoire est bonne). Mais il semble que le suspens se poursuive pour les semaines à venir, en témoigne ce beau teaser trouvé à l'instant : 

 


Game of Thrones saison 2 - Bande-annonce "Weeks... par PureCine

Espérons qu'on ne sera pas déçus !

lundi, 12 mars 2012

Slash and Co remettent le couvert en 2012... et au Hellfest

Après son premier album solo sorti en 2010, Slash nous revient le 22 mai avec son second opus, Apocalyptic Love. Le premier single "You're a lie" est écoutable en streaming, et ça nous promet du rock bien gras et sombre comme on l'aime.  

Depuis qu'il n'est plus un membre historique des Guns, Slash a expérimenté plusieurs bands, le plus souvent créés à son initiative. Celui avec lequel il tourne depuis 2010, avec Myles Kennedy au chant, Todd Kerns à la basse et Brent Kitz à la batterie s'avère être efficace, si on en juge par le succès du premier album de l'ensemble.

Pas de potes rockers invités sur ce second album, mais une setlist entièrement composée, pour les paroles, par Myles Kennedy, "un excellent parolier" selon Slash, qui se réserve ce qu'il sait le mieux faire : les riffs agressifs so eighties. De toute façon, il n'aime pas écrire des paroles, c'est lui qui le dit.  

Dans une interview à Rolling Stone, Slash parle longuement de la composition de cet album, mais surtout de son impatience à le jouer sur scène, "ce qu'il fait le mieux". Ca tombe bien, nous aussi on a hâte de le revoir, et du moins en France, on sera servi puisque le guitar-hero s'invite au Hellfest le 17 juin, avec Zakk Wylde et Papy Ozzy sur scène !

Il faudra s'attendre à du lourd lors de ce show : "Il y a une nouvelle chanson, Anastasia, qui va être une tuerie à jouer live. C'est peut-être la chanson la plus longue de l'album et la plus expérimentale au niveau instrumental. Il y a un paquet de guitares là dedans." Humm.... On en saura donc plus dès le 22 Mai...main.jpeg

Mais la rencontre au sommet n'aura probablement pas lieu : le samedi 16 juin, le Hellfest reçoit les (faux) Guns n'Roses. Le lendemain, Slash... Peu de chances qu'ils se croisent. Par contre, un événement rock mérite d'être suivi avec attention : les (vrais) Guns n'Roses doivent être introduits au Rock and Roll Hall of Fame fin-mai début juin. Slash lui-même n'a pas la moindre idée de la façon dont ça va se passer. "Pas de nouvelles" paraît-il. Bonne nouvelle ? A suivre....

Liste des chansons d' Apocalyptic Love :

"Apocalyptic Love"
"One Last Thrill"
"Standing in the Sun"
"You’re a Lie"
"No More Heroes"
"Halo"
"We Will Roam"
"Anastasia"
"Not for Me"
"Bad Rain"
"Hard & Fast"
"Far and Away"
"Shots Fired"


 

mardi, 06 mars 2012

Lettre ouverte à une ancienne idole

Bruce_Springsteen_bruce.jpegTrès cher Bruce,

c'est une sale habitude que j'ai prise d'écrire (in)directement aux artistes que j'aime/aimais bien. Depuis le temps que j'ai ouvert ce blog, je n'ai pas beaucoup parlé de toi, et ce n'est pas te faire justice. Mais je vais t'expliquer pourquoi.

J'ai une bonne raison de t'écrire aujourd'hui. Tu sors ton 17ème album cette semaine ; comme il se doit, je suis en train de l'écouter tandis que je t'écris. Et franchement, pour l'instant, je n'en sauve rien. Ca rentre par une oreille, ça sort par l'autre. Pire : j'ai même zapé une chanson avant la fin. Et c'est comme ca depuis 2007 et l'album de cette année-là. Je dois remonter à 2002 et The Rising pour trouver un album studio avec le E Street Band qui soit dans la veine de tes précédents (Devils and Dust, dans la veine de Nebraska et The Ghost of Tom Joad, ne m'avait pas déçu. Dans la folk, tu restes encore maître). 

Mais je crois qu'il faut que tu revois tes fondamentaux et ta propre mythologie. Qu'est ce qui ne va pas ?

La voix ? Non, toujours aussi rocailleuse et sensuelle quand elle veut.

L'orchestration ? J'avoue que les violons de bal musette irlandais ça me saoule un peu depuis le Seeger Sessions. La chanson éponyme est pas mal cependant, dans sa vaine tentative d'imitation des Dropkick Murphys.

La rythmique alors ? Toujours la même... Franchement Bruce, rien que sur Darkness on the Edge of town, c'était l'épiphanie à chaque chanson, aucune ne ressemblait à l'autre. Même les kitscheries de Born in the USA passeront mieux l'épreuve du temps que ces chansons du présent.

Et puis... et puis... Je ne sais pas. Il manque quelque chose. D'assez indicible, je l'avoue, du coup ça ne rend pas ma critique très efficace. Pour faire simple, je dirai que tout ça sent terriblement le conformisme. Tu nous as tellement habitué à mieux que la déception est grande.

Que veux-tu, je suis super nostalgique de cette époque fabuleuse où chacun de tes albums avait sa personnalité, son atmosphère. C'était noir et en même temps terriblement optimiste, les balades étaient lumineuses et paisibles comme un soir d'été, les chansons plus rock te réveillait un macchabé. En comparaison de ce que j'appelais, à l'époque, les « musiques de suicidé » (Nirvana, Joy Division, par exemple, grâce auxquelles la dépression des auteurs te rejaillit dans la gueule sans que tu n'ais rien demandé) ta musique donnait la rage de vivre. Quand on t'entendait, on était heureux d'être vivant. Sans exagérer, je crois que c'est ce sentiment, dont tu n'es, peut-être, pas très conscient, qui a « sauvé » bon nombre de tes aficionados.

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In Candy's Room

"In Candy's Room, there are pictures of her heroes on the wall..."

Ma première écoute de tes chansons, c'était en 95, avec le Greatest Hits et le single « Secret Garden ». A 11 ans, on percute pas encore. 4 ans plus tard, j'ai redécouvert l'album entier, et à partir de ce moment là, je t'ai idolâtré pendant près de 10 ans. Sans déc. Il n'y avait pas meilleure fan que moi (à peuvre : je voulais me marier avec toi. Tu vois ça d'ici). Les posters collectors chinés aux puces, les vinyls, les disques évidemment, ma collection de bootlegs patiemment concotée, pour laquelle je passais des heures à rechercher les covers de chaque live sur des sites italiens (chacun sa geekitude adolescente, pour d'autres c'était Blood Bowl)... Je me levais la nuit pour écouter tes disques ou chercher des photos de toi en catimini des parents, tout en faisant exploser le forfait Wanadoo 10h/mois. T'en as vu où des fans comme ça ?!

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Voilà un bon résumé photographique de tes chansons, et de ce qu'elles signifient pour moi : lumière, bonheur, et rock n'roll.

Mais c'est qu'à cet âge de merde, on se sent tellement mal qu'on a besoin de quelqu'un qui puisse nous faire partager son expérience, nous montrer que croire rend les choses possibles, nous aider à construire notre personnalité, à savoir ce qui nous branche dans la vie, et ce qui nous branche pas. Quel look on veut avoir, quelle attitude on va se donner, bref, tu vois le topo. Eh ben à cette époque là, c'est toi que j'ai trouvé. Pourquoi ? Va savoir... Le cheminement a été bizarre, il y a eu avant toi Queen, les Beatles et les Rolling Stones. Elvis, je ne le compte pas, c'est comme se demander pourquoi on respire, on ne peut pas faire autrement. Par extension, David Bowie et George Michael (ma période gay?) Mais ce fut toi le détonateur. C'est comme ca. J'ai essayé ton illustre précédesseur, Bob Dylan : chiant (je n'ai pas le snobisme de mentir et de me pâmer sur ses chansons : à part l'album Desire et les « essentielles », je me fais chier avec Zimmerman). J'ai essayé les Pink Floyd, même verdict. Et puis d'autres, moins essentiels peut-être. Je ne sais plus. De toute façon, quand on regardait ma discothèque, on avait plus vite fait de compter ce qui n'était pas de toi.

Comment te dire...Tes chansons, elles avaient quelque chose de cinématographique. Ecouter tes chansons, c'était aussi bon que voir un vieux Scorcese, Macadam Cowboy, ou ChinaTown. Tu vois le genre ? Il y avait une âme, ton âme, dans ces chansons. On sentait, savait tout de toi rien qu'en t'écoutant. Je n'ai jamais vécu une expérience aussi sensuelle et éloignée avec un artiste, et je crois d'ailleurs que ça ne se refera plus jamais, parce qu'il faut avoir une certaine innocence, celle de l'adolescence, pour être assez réceptif et sans à priori. Sans oublier bien sûr que l'expérience live était du 10 000 volts pur (d'où la collec de bootlegs, parce que chaque interprétation avait sa valeur).

 

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Ton époque testostéronée... J'adorais. 

Alors voilà, comme toujours, on embellit le passé. Ces albums qui ont été la B.O de tant de souvenirs et d'événements pour moi se sont forcément sacralisés, mais il me reste tout de même mes oreilles et mes tripes.


Et à l'aune de tout ça, je crois pouvoir me permettre de te dire qu'à l'écoute de Wrecking Ball, il n'y a rien qui remue, et rien qui reste dans la tête. Et ça fait depuis 2007 que j'ai décroché. Ce n'est pas uniquement la découverte du métal qui a fait ça. La brutalité musicale et la rythmique tellurique ne m'empêchent pas d'aller regoûter à des mets plus délicats et délicieusement pervers pour l'âme ; ainsi Neil Young, un de tes maîtres. C'est vraiment que la page des jours glorieux de tes chansons peuplées d'amants maudits, de Ford Mustang ou de Buick pourries dans les no man's land des Etats-Unis, de rebelles qui se font la banane devant la glace avant d'aller choper, et sans oublier tous ces fabuleux poèmes dépressifs et contemplatifs, est définitivement tournée.

bruce springsteen,wrecking ball,rock,e street band,amérique,société,rage,darkness on the edge of town,born in the usa,born to run,nebraska,ghost of tom joad,steinbeck,tom joad,usaEn fait, c'est ça le problème : dans ton grand génie, tu captes réellement bien l'esprit de ton époque. Dans les années 70, rebelles, ténébreuses et dans un certain sens, magiques, tu était à leur image, et tes chansons aussi. Plus pop dans les années 80. Résolument en colère et pessimiste en 2002 dans cette Amérique post-11 septembre. Et depuis... le cinéma est globalement chiant, la littérature, n'en parlons pas, et ben ta musique s'en ressent. Toutes les critiques te disent en colère. Ah bon ? Bah merde, t'as la colère bien pépère aujourd'hui. 

Alors évidemment, les ¾ de tes fans s'en foutront, tu pourrais réciter le Bottin qu'ils trouveraient ça génial et continueraient à débiter la liste de tes albums année par année pendant qu'ils font la queue devant la salle de concert. Moi je file me remettre Thunder Road ou State Trooper. Car rien que pour avoir écrit « it's a town full of losers, and I'm pullin' outta here to win », tu as ma gratitude éternelle. Cette phrase, qui est pour ainsi dire le résumé de ta philosophie de jeunesse, elle fut un putain de moteur pour moi, et après tout, c'est tout ce qu'on demande à de la bonne musique.

Voilà, l'album est fini.... J'aime bien la fin. Ah merde, tu fais une reprise de Land of Hope and Dreams (live de 2001) ou j'ai mal entendu ?  

Sans rancune ? Je t'aime toujours.

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Moi aussi, j'écoute toujours Greetings from Asbury Park, NJ avec nostalgie...


P.S : je vais me foutre à dos tous tes fans, mais je m'en fous. Et j'emmerde Télérama. Fais une bise-prière à Danny et Big Man pour moi. 


 
 
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