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vendredi, 19 juin 2009

Iran : les vidéos des pirates font leur révolution

rbz-local-iran-protest-07.jpgEn Iran, la révolution ne se fera peut-être pas par les urnes, mais peut-être de façon plus souterraine. Et pour une fois, l'obscur aura du bon. Depuis l'annonce des résultats de l'élection présidentielle, qui a donné Mahmoud Ahmadinedjad, candidat à sa propre succession, gagnant, "le monde entier regarde ce qui se passe en Iran", comme l'a souligné ce matin Gordon Brown. Les affrontements entre les pro Moussavi, partisan de réformes modernistes, et les forces du gouvernement font rage d'une façon inédite depuis plus de dix ans.


iran.jpg

Aujourd'hui, le Guide Suprême Khamenei a conforté Ahmadinedjad dans sa place de président réélu, balayant les milliers de contestataires (présentés comme des rebelles par les médias au service du pouvoir) et niant les fraudes suspectées. Il ne veut pas être

Cependant, grâce à la modernité tant rejetée par les ayatollahs, incarnée par Internet et les réseaux sociaux comme  Twitter, la rue a peut-être trouvé un moyen de résistance ultra puissant.

Pourquoi Twitter reste intouchable ?

Comme la Chine, l'Iran est un Etat "cyber-rigoriste", censurant à tout-va, en particulier tout ce qui vient d'Occident. Son système de surveillance informatique est l'un des plus perfectionnés au monde. De nombreux groupes de soutien sont apparus comme autant d'oiseaux sur la branche de Twitter. Leurs gazouillis parviennent à passer au travers des mailles du filet, car l'outil est volatil (c'est le cas de le dire). Sa voix est insaisissable. Pour poster des messages et appeler à l'aide, plusieurs moyens sont à disposition : passer par l'interface de programmation pour ceux qui savent taper dans le code (en gros l'admin de Twitter ou API), par des outils comme Twitterfall, Ping, Tweetdeck, ou encore par téléphone portable via Twibble, tweetie, twitterrific.

Cité par l'express, Jonathan Zittrain, spécialiste du droit sur Internet et professeur à Harvard, explique que "Twitter n'est pas un site lambda. C'est un atome conçu pour être emboîté dans d'autres molécules. Plus que les autres, il bénéficie de plusieurs points d'entrée et de sortie."

persian bay.jpgLa cyber-résistance s'organise

Comment faire pour s'exprimer librement, quand même le Net est contrôlé ? On triche, comme d'habitude. Via un site pirate, "Green Revolution", les partisans de la réforme demandent le soutien des micro-bloggeurs iraniens et du monde entier, en leur donnant tout simplement un mode d'emploi pour envoyer leurs messages tranquillement : utiliser de faux proxies, des adresses de serveur fantômes. Impossible de localiser l'expéditeur pour les censeurs, qui traquent aussi bien les fauteurs de troubles qu'ils ne bloquent les messages venant de l'extérieur, c'est-à-dire du reste du monde.

Pour l'instant, le processus semble bien marcher. Des sites à fort trafic comme Pirate Bay - nom et idées communes oblige, du moins en piraterie-, se renomment "Persian Bay" et appellent au soutien de la cause iranienne, en transformant leur bannière en lien vers un forum libre d'accès, "créé non pas par des Iraniens, mais par Internet et les forces libres qui croient en la liberté d'expression".

Voici le lien direct : http://iran.whyweprotest.net/

Iraniens ou sympathisans peuvent poster des images, des vidéos sur ce qui se passent en Iran. Ainsi, cette vidéo vue sur le forum, d'abord uploadée sur Youtube...en tout piraterie, bien entendu :

 

Internet peut-il faire sa révolution en Iran ?

L'emballement est général. A ce qu'il paraît, il y avait en 2005 700 000 blogs en Iran, un chiffre énorme. Aujourd'hui, 20 millions d'internautes participent de façon active à la vie de la Toile. Ainsi, Jadi est un "twitterer" passionné, qui raconte tout ce qui se passe à Téhéran au jour le jour : la page Twitter de Jadi Son intitulé : "Where is my vote ?"

youtube.jpg

Parallèlement, on trouve des sites diamétralement opposés : Iran Resist prend au contraire le parti de la République Islamiste et annonce que Moussavi soutient Khamenei, et ne veut en aucun cas être assimilé à ces "terroristes qui s'attaquent aux fondements du régime". L'info est paru dans le quotidien "République Islamique", l'un des organes du régime, les propriétaires du site rappelant que Moussavi en a été le rédacteur en chef...L'emballement est bien général et chaotique.

Une question commence ainsi à se poser : sur les milliers de manifestants qui se font entendre dans la rue, combien poursuivent l'action sur Internet ? D'aucuns se demandent si la révolution 2.0 ne serait pas virale. Une façon de savoir si Internet est devenu un réel contre-pouvoir en Iran, serait de guetter le moment où toutes les connexions Internet seront mises à bas...

N.B : ironie de l'actualité : en France, on débat sur la nécessité de légiférer sur le port de la burqa. En Iran, une partie du peuple ne rêve que d'une chose, la virer pour que les femmes se baladent en mini-jupe comme au temps du shah. CQFD.

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