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mercredi, 22 juin 2011

Bono, quand est-ce que tu refais de la musique ?

lying on warehouse floor, writing, close-up–'U2 Rattle & Hum - The official book of the U2 movie'–[home8.inet.tele.dk].jpgMon cher Paul,

tu permets que je t'appelle Paul, puisqu'après tout c'est ton vrai prénom. Arrêtons 5 min les faux-semblants et les mystifications diverses, laisse tomber ton pseudo et tes lunettes fumées derrière lesquels tu te caches depuis trop longtemps maintenant pour être resté honnête.

Ceci n'est pas une lettre de fan dont de toute façon tu n'as rien à battre, puisqu'elle ne te rapportera rien. Pas un kopeck. C'est une lettre de dégoût de quelqu'un qui aime la musique, dirons-nous. Car à une époque, tu faisais de la musique. Si, si, rappelle-toi, je sais que c'est très loin, mais essaie quand même. Souviens-toi de l'époque où on pouvait venir te voir pour 19$ :

 

 

Aujourd'hui, voilà ce que tu donnes sur scène :

 

 

C'est pas beau n'est-ce pas ? Oui... Je suis assez d'accord.

Le dégoût, mon cher Paul, c'est quelque chose qui se nourrit chez les gens par l'accumulation. On en rajoute un peu plus à chaque fois, jusqu'à l'écoeurement. Au bout du compte, on dégueule.

Il y a à peine 2 jours, l'écoeurement a été à son comble, et pourtant, ça n'avait rien de surprenant : ton groupe venait d'exploser les Rolling Stones, en accomplissant la tournée la plus lucrative de l'Histoire. Vise un peu : 700 millions de dollars et des poussières avec le 360°Tour. Une tournée à côté de laquelle le Zooropa Tour, avec ses écrans, ses Traban suspendues, et ta mégalomanie plutôt rigolote, faisait l'effet d'une kermesse d'école. Non, là, les billets se vendaient au plus bas (et pour une vision de merde) à 60 euros, la tournée était sponsorisée par Blackberry et Live Nation, elle est méga polluante puisqu'elle nécessite 120 camions (toi qui chantait dans Where the streets have no name "I want to feel, sunlight on my face/I see that dust-cloud disappear without a trace/I wanna take shelter from the poison rain") et toi et ton groupe, vous étiez encore un peu plus isolés de votre public. Tant à cause de la disposition de la scène que, surtout, de votre mine inexpressive au possible. A croire que venir jouer devant des millions de cons qui vous aiment (encore) est devenu pour vous comme venir au bureau pour moi : un truc chiant.

Mon cher Paul, je te déteste d'autant plus aujourd'hui que je t'ai adoré hier. Je te déteste pour ce que tu as fait aujourd'hui de ton groupe, surtout quand je me souviens de ce qu'il a été. Tu me fais vraiment chier, parce que ça fait mal au coeur de voir des musiciens qui avaient des idées devenir de vieux patrons qui n'ont plus rien à dire. De voir ceux qui jouaient hier avec BB King enregistrer des chansons avec David Guetta. Et ce n'est pas seulement parce que vous deviendriez gâteux.

bono-rania.jpgJ'ai pu supporter un temps ton pseudo engagement de chef d'Etat de pacotille pour la cause africaine, le sida. Si dans les années 80, c'était sans doute une démarche sincère, aujourd'hui, j'en doute fort, surtout quand ça prend le pas sur la musique et que, depuis longtemps, tu as troqué les fringues de gitan du Joshua Tree Tour 87 pour celles d'un VRP de luxe qui prend ses vacances au Cap Nègre. Mais bon, j'y arrivais encore, même après t'avoir vu en concert en 2005, date à laquelle ton groupe était déjà foutu.

Tes petits mic-mac avec divers chefs d'Etat, ta façon d'entretenir l'image d'Africains incapables de se démerder seuls (ça t'arrange bien, sinon ton business avec RED s'écroule), tes parts dans Facebook,  le scandale fiscal que vous vous traînez (non parce que, faut pas déconner, on engrange un max de pognon, mais on veut pas payer nos impôts en Irlande), et toutes tes conneries débitées à longueur d'interview (compilées ici, en partie, par le célèbre critique rock Dave Marsh, que tu devrais lire plus souvent : http://www.counterpunch.org/marsh03092007.html), tout ça, ça s'est bien accumulé. Ah, et puis dans un coin du Net, j'ai trouvé ça aussi : http://www.paperblog.fr/1239047/u2-les-photos-de-bono-qui... C'est ta femme qui doit être contente.

Mais tout ça pouvait encore passer, si au moins toi et ton groupe, vous aviez été capables de rester intéressants musicalement.

No line on the Horizon est je crois le pire album que vous avez pondu depuis Pop (et encore, là dessus, il y avait des trucs cools). Je n'ai même pas été capable d'écouter une seule chanson jusqu'au bout. Et c'est avec ça que vous remplissez les stades et faites la tournée la plus lucrative de l'Histoire ? Non parce que, ne viens pas me dire que c'est aussi pour les vieux standards qu'on vient vous écouter, et pour votre sincérité, votre communion avec le public. Ne te fous pas de moi. Tu sais comme moi que c'est terminé depuis bien longtemps, et que si on vient pour ça, on risque fort de ressentir une drôle de douleur entre les fesses en sortant. D'autant plus douloureuse qu'il n'y avait aucune tendresse, en plus.

Mon cher Paul, j'en conclus donc que toi et ton groupe, non seulement vous avez érigé l'hypocrisie en art majeur, à défaut de votre musique, mais en plus, vous vous foutez de la gueule de votre public. Tu lui vends de la merde, et même pas avec le sourire, vu que tu tires toujours la tronche depuis quelques années... Et tes cons de fans indéfectibles te remercient en t'enrichissant davantage. Ce qui, vu ta tête sur scène, n'a pas l'air de te rendre plus heureux. Ca n'enrichit d'ailleurs pas non plus tes idées musicales, et c'est vraiment ça le plus triste.

Fut un temps, tu t'habillais comme un sac, tu t'étais fait un pseudo look de mexicanos avec galure, bretelles et ceinture de tissu, boucle d'oreille et cheveux longs. Je ne parle même pas de ta période mulet. Tu te jetais dans la foule, tu confiais que tu bandais grave quand tu sentais que la fille que tu faisais danser dans le public tremblait dans tes bras. Toi et ton groupe, vous pouviez enregistrer 269 fois une chanson avant qu'elle soit parfaite (elle est sur Rattle and Hum, tu sais de laquelle je parle). J'ai même relu une critique de concert de Laurent Chalumeau dans un Rock and Folk de 85 (là, on est dans la Préhistoire), qui te trouvait gauche, nullard, nasillard, mais justement tellement bon à cause de ça, parce que plus t'étais mauvais, plus tu en faisais des tonnes, et tu en devenais beau. Chalumeau concédait déjà que tu méritais mieux que ton public d'ados. Le croirais-tu ? Ce qui te sauvait, toi et ton groupe, c'était votre putain de sincérité. Là, tu faisais du rock n'roll. Maintenant, tu ne fais qu'amasser du pognon à peu de frais, et tu n'en branles pas une sur scène. Echec total, non ?

jane-bown-bono.jpg
Un jour, j'ai lu cette phrase de The Edge parlant d'Elvis : « Je n'ai aucune ambition à devenir gros et paresseux comme lui à la fin de sa vie. » Edge, je l'adore. Ca a toujours été lui, le musicien du groupe. Mais tu pourras lui dire de ma part qu'aujourd'hui, il est aussi paresseux qu'Elvis, et que malheureusement pour lui, et pour vous, vous ne laisserez pas la même trace dans l'histoire du rock. Note bien, c'était peut-être pas votre ambition. Tant mieux, parce que si cela avait été le cas, c'est raté. Vous avez décroché à un moment, je sais pas, les années 2000 vous ont fait flippés. M'est avis que vous auriez mieux fait de jeter un coup d'oeil en arrière. Quand on vous regardait en 87, on pouvait se dire que vous resteriez sur le bon chemin, même en faisant des projets ambitieux et décadents comme Achtung Baby. Mais non. Vous avez choisi de faire de la merde. Plein de groupes le font, c'est vrai, mais ce n'est pas une excuse.

On sait que vous ne ferez plus jamais un bon disque, ni même une bonne chanson. Vous l'avez fait « avant ». Votre chef d'oeuvre, vous l'avez fait en 1987, avec une parenthèse enchantée jusqu'en 92, après... Le désert, avec quelques oasis et mirages par-ci par-là.

Alors, outre la vacuité musicale de ton groupe, ce qui reste le plus impardonnable, mon cher Paul, c'est que tu profites de ta position pour nous servir ta soupe de politicard insupportable. Tu ne peux pas te contenter de chanter (mal aujourd'hui, d'ailleurs) et de compter les rangs pour estimer l'ampleur des gains ?

Au moins, là-dessus, fais comme les Stones : prends l'oseille, et tire-toi.

Merci, cher Paul, de considérer un peu la question.

 

 

lundi, 20 juin 2011

Hellfest 2011 : ça fait mal aux vieux

Le problème des festivals, c'est qu'il y a plein de groupes différents qui se succèdent sur scène. Ne riez pas, ça peut vraiment être un problème, pour certains groupes justement. Quand les grosses têtes d'affiche, qui servent à attirer le grand public, et faire plaisir aux fans, arrivent sur scène après des groupes peut-être plus récents, plus jeunes, plus confidentiels aussi parfois, mais nettement plus novateurs et originaux, la comparaison peut être fatale.

Même si je ne serai pas restée jusqu'au bout pour voir papy Ozzy et Judas Priest, la triste comparaison « pionniers » VS « jeunes plein d'avenir » (ou plus forcément tous jeunes mais plus pêchus) aura été la grande leçon musicale du Hellfest 2011. Pensez : vous patientez avec Down pour voir Iggy Pop, et vous vous consolez avec Rob Zombie d'être passé d'une parodie ennuyeuse à du grand-guignol façon Grindhouse volontaire et efficace.

 

Théorie confirmée dès le lendemain par le défilé Apocalyptica, Black Label Society et... Scorpions. Beaucoup se doutaient que le côté karaoké de fin de samedi soir pour emballer les nanas, ca ne le ferait pas en live. Ils avaient raison. Ne serait-ce qu'à en juger la voix éteinte et sans émotion d'un Klaus Meine qu'il a fallu supporter près de 2h (même le guignol de Mayhem, la veille, y croyait davantage)... Dernière occasion de voir Scorpions en live avant fermeture définitive ? Une partie du public n'a même pas toujours attendu la fin du concert pour signifier au groupe qu'il était temps, en effet, de plier les gaules. Sans doute vexé par cette froideur, le groupe a plus qu'abrégé la setlist, par rapport à d'autres concerts de la tournée... Que voulez-vous, passer après Zakk Wylde et Phil Anselmo, ça pique forcément.

 

Exception notoire : the Cult, groupe de glam-rock punk des années 80, issu de L.A, au son très proche de celui des Guns n'Roses de l'époque, dépotait autant sur scène qu'en studio, même 30 ans après. Possible que ce style de musique ait moins mal subi les affres du temps que d'autres. Toujours est-il qu'un Ian Astbury qui semble content d'être là et qui fait passer quelque chose dans sa voix, restera toujours plus efficace que des papys qui rassemblent 50 000 personnes sur leur légende. Et si encore ils étaient à la hauteur de la légende... Tout le monde n'est pas AC/DC.

NB : Photos du festival en ligne ici (cliquez-moi !)

 

mercredi, 08 juin 2011

Et pendant ce temps, au Japon...

Affaire DSK, bactérie tueuse, festival de Cannes et Roland-Garros... Trop d'actu brûlante pour qu'on s'intéresse encore à ce dont on ne faisait que parler il y a à peine 3 mois : la situation au Japon. J'ai eu envie d'avoir le point de vue et l'analyse d'une Japonaise sur son pays deux mois après la catastrophe naturelle et nucléaire. Miwako est une jeune urbaine active de 28 ans, mariée à un Américain. Tous deux vivent à Tokyo, dans le quartier branché de Shibuya. Elle a perdu sa tante dans la catastrophe, certains de ses amis ont eu à vivre de terribles moments. Pourtant, elle retient surtout l'extraordinaire puissance d'âme de ses concitoyens face à l'adversité, et l'admiration qu'ils suscitent. Sans oublier ce que la catastrophe lui aura rappelé, et que le Japon sait depuis le début de son histoire : c'est la Nature qui rest toute-puissante...

christ.jpgJe me suis installée à Tokyo à 18 ans, il y a 10 ans. J'ai grandi dans une toute petite ville, Tokyo était donc la ville de mes rêves, et encore maintenant, elle est très spéciale pour moi. En octobre dernier, j'ai épousé un Américain, et nous vivons aujourd'hui à Shibuya, l'un des quartiers les plus branchés et peuplés de Tokyo. Mais la principale raison pour laquelle nous avons choisi ce quartier, c'est qu'il y a un grand parc à proximité, où nous pourrions nous réfugier en cas de danger. Et nous pouvons rentrer chez nous à pied du bureau. Ces critères étaient importants pour moi, au cas où le grand tremblement de terre dont on parle tant se produisait à Tokyo. Tout le monde se moquait de moi quand j'en parlais, mais depuis ce qui s'est passé, je suis heureuse d'avoir fait ce choix.

-J'ai appris que ta tante avait péri dans la catastrophe. Je sais que c'est difficile de parler de ça aussi tôt, mais peut-être peux-tu nous expliquer ce qu'il s'est passé ?

J'ai perdu ma tante lors des événements, elle était à Tokyo et assistait à une cérémonie de remise de diplômes de l'école où elle était professeur de technologie. La cérémonie avait lieu au « Kudan-Kaikan », un des plus anciens immeubles de Tokyo, construit en 1934, tout le monde l'adorait. Mais il n'a pas résisté au tremblement de terre. Avec les secousses, le plafond de la pièce où se tenait la cérémonie s'est effondré. Plus de 60 personnes ont été blessées, et deux professeurs ont été pris sous les décombres, et sont morts. L'une des deux était ma tante. Quand le tremblement de terre s'est produit, la cérémonie s'achevait 10 minutes plus tard. J'ai trouvé une vidéo sur Youtube qui montre ce qui s'est passé. Certains professeurs filmaient : http://www.youtube.com/watch?v=8qjpyMDawRg (comme vous pouvez le constater, la vidéo a été retiré de Youtube et le compte qui l'a publiée, fermé.)

Ce matin-là, ma tante et mon oncle parlaient du tremblement de terre qui s'était produit en Nouvelle-Zélande. Ma tante a dit à son mari : « Prends soin de toi, on ne sait pas ce qui peut se passer ». C'était la dernière fois qu'ils se parlaient.

Après le tremblement, mon oncle lui a envoyé un mail pour savoir si tout allait bien, mais évidemment, il n'eut aucune réponse. Quelques heures plus tard, la police l'appelait pour lui apprendre sa mort. Elle n'a vraiment pas eu de chance : le seul immeuble à s'écrouler à Tokyo a été celui-ci. Mais dans un autre sens, elle a eu un peu de chance : selon les médecins, elle serait morte sur le coup, donc elle n'a pas du souffrir. Et malgré les blessures, son visage était toujours aussi beau à son retour auprès de nous. Nous n'avons pas pu lui dire au revoir de son vivant, mais nous avons fait une belle cérémonie avec la famille et ses amis. Quand on voit qu'à Miyagi ou à Fukushima il y a encore des milliers de disparus, nous sommes vraiment reconnaissants auprès de ceux qui l'ont secouru. C'est évidemment une perte très douloureuse pour nous.

- Comment tes amis, tes proches, ont-ils vécu ces événements tragiques ?

Une de mes amies, Naomi, était à Mito, dans la préfecture d'Ibaragi, pour voir ses parents. Les médias n'ont pas tellement parlé des dégâts là-bas, mais ils étaient sévères. Les bords de mer ont pris le tsunami de plein fouet, et le reste a été détruit par le séisme. Heureusement, la maison de mon amie était dans les montagnes, mais une partie s'est effondrée, et les secousses persistent encore là-bas, donc l'état de la maison se dégrade de jour en jour. Pendant 3 jours, elle n'a eu ni eau, ni gas, ni électricité, et son portable ne marchait évidemment plus. A Tokyo non plus d'ailleurs, parce que les lignes étaient saturées. Mais on pouvait aller sur Internet grâce aux portables, du coup beaucoup de gens sont passés par Facebook ou Twitter pour voir si leur famille, leurs amis allaient bien. Il a fallu quelques jours pour réparer un minimum dans cette région, mais ça a pris moins de temps qu'ailleurs. Du coup, la famille de Naomi a proposé aux voisins qui n'avaient plus d'eau courante de venir se laver chez eux. Ils possèdent aussi quelques appartements, dont certains n'étaient pas loués. Ils les ont proposés aux gens qui avaient perdu leur maison dans le désastre.

Naomi voulait rentrer à Tokyo pour voir si tout allait bien chez elle, mais elle a du attendre 15 jours, parce que la voie n'était pas dégagée. Un de ses amis voulait venir la chercher, mais il n'y avait plus d'essence.

 

- Comment la population gère t-elle l'après-tsunami ? Observe t-on de l'entraide, une cohésion entre les gens ?

Dim tokyo tower.jpgChacun fait ce qu'il peut, même l'Empereur et l'Impératrice. Chaque jour, ils éteignent toutes les lumières pendant 2 heures pour économiser l'électricité. A Tokyo, on essaie d'économiser autant que possible. Beaucoup d'entreprises ne mettent plus la clim, éteignent un maximum de lumières. Toutes les illuminations de Tokyo, qui consomment énormément, ont été éteintes. En fait, je n'ai jamais vu Tokyo si sombre depuis la catastrophe... Mais il y a une certaine beauté dans cette obscurité.

Après le séisme, de nombreuses personnes ont pris des initiatives pour aider les gens de Tohoku. Par exemple, un étudiant a créé un site Internet où l'on peut s'inscrire gratuitement pour mettre en contact des gens qui avaient perdu leur maison, ou qui devaient être évacués, et des gens qui offraient un appartement, une chambre pour les loger. (http://roomdonor.jp/)

Pour ma part, je travaille dans une société de bâtiment, qui construit des maisons en prêt fabriqués. Des équipes ont été envoyées à Minami Soma, près de Fukushima, pas très loin de la centrale. Elles sont restées sur place un mois. Le gouvernement avait demandé que 12 000 maisons soient construites avant mai. Mais à cause des répliques sismiques et du manque de matériel, cela a pris du retard, et tout n'est pas encore terminé aujourd'hui. Ils travaillent sans relâche, sans un jour de repos. Mais personne ne se plaint. Un ouvrier m'a dit d'ailleurs que la ville avait été totalement détruite, et que c'était terrible de voir les dégâts, et que c'était pour ça qu'il voulait faire tout ce qu'il pouvait pour aider.

Au Japon, on a une saison des pluies, qui doit arriver prochainement. Il faut absolument que les décombres soient dégagés d'ici là, sinon on devra affronter le risque d'une épidémie. Avec la chaleur, la vermine va se répandre, et ça sera une nouvelle catastrophe. Pour éviter ça, beaucoup d'ouvriers ont été réquisitionnés pour nettoyer la ville. Il y a même eu des agences de voyage qui ont organisé des "volontaires tour", pour recruter des bénévoles, et les billets se sont vendus à toute vitesse. Le problème reste que sur place, il n'y a rien pour accueillir autant de gens sur une longue période. Chacun contacte donc au préalable les centres de volontaires, pour savoir quels sont les besoins.

Il reste encore beaucoup de disparus, et on retrouve des cadavres encore aujourd'hui. L'armée américaine et la défense japonaise font même des recherches en mer, mais il reste 11 601 personnes disparues. Aux infos, on parle de 14 435 morts, mais les chiffres ne sont même plus importants. Ce qui reste, ce sont des familles, des amis, des collègues de travail... Le séisme s'est produit si soudainement, personne ne s'y attendait, beaucoup de gens ont perdu des proches sans y avoir été préparés. Il y a de nombreux psychologues qui s'occupent des survivants, mais je ne suis pas sûre qu'ils arriveront à s'en remettre. Le Premier ministre Kan dit qu'il tiendra le moral du pays jusqu'au bout, mais quand est-ce que ce sera fini ? Qui peut le dire ? Je pense qu'on ne peut jamais complètement tourné la page, parce qu'il nous reste les souvenirs. Bien sûr, on sait qu'on doit continuer à vivre, mais c'est un sentiment très lourd à porter. Ressentir est bien différent de comprendre...


-D'un point de vue très concret, quelle est la situation aujourd'hui au quotidien ? Qu'en est-il de l'électricité, de la nourriture, du poisson (on sait que pour les Japonais, le poisson compose 50% des repas). Y a t-il des tensions parmi tes concitoyens ? Est-ce que la vie a repris son cours ?

Le séisme a eu lieu le vendredi, mais la plupart des gens sont allés travailler lundi, et j'en faisais partie. Nous avons essayé de reprendre une vie normale le plus vite possible. Dans les jours qui ont suivi, le trafic ferroviaire a repris, même si le nombre de trains a été réduit pour économiser l'électricité. Pendant un moment, les femmes portaient des baskets, plus de talons hauts, mais elles ont vite repris là aussi leurs habitudes ! Beaucoup de restaurants ont souffert du manque de monde, les gens n'osaient plus sortir, et puis il y avait des blackout intempestifs. Mais très vite, les gens se sont dits : "sortons dépenser notre argent et relancer l'économie!" Pendant 15 jours, on ne trouvait plus certaines choses, bouteilles d'eau, papier toilette, lait, tofu... Mais maintenant tout est redevenu normal.

Le mois dernier (avril), Tsukiji, le principal marché aux poissons de Tokyo, très connu des restaurants de sushi, était complètement désert, mais maintenant les gens y retournent faire leurs achats. Certains s'inquiètent toujours des possibles radiations, mais pour la plupart des Japonais, c'est impensable de vivre sans manger du poisson. En fait, pas mal de gens s'inquiètent de la nourriture. Certains évitent de consommer de la viande, des légumes qui viennent de la région de Fukushima et des préfectures proches comme Tochigi, Ibaragi et Chiba, mais d'autres au contraire, achètent ces produits pour soutenir l'économie locale. A Tokyo, un magasin spécialement dédié à ces produits a même ouvert, des restaurants s'y fournissent en saké. D'ailleurs, on voit beaucoup de panneaux "Aidons Fukushima" en ville.switch.jpg

Dans notre quartier, il y a beaucoup d'étrangers. Pendant un mois, nous les avons à peine vus. Aujourd'hui, beaucoup sont rentrés au Japon, et Tokyo a repris son rythme ordinaire. Mais il y a des tensions dans l'opinion. Chaque semaine, il y a des manifestations. Je n'avais jamais vu autant de Japonais se rassembler et se battre pour la même chose. Il y a également eu un mouvement pour abaisser le niveau limite d'exposition aux radiations à Fukushima, en particulier pour les écoliers. Ce mouvement a récolté 30 000 signatures dans 60 pays différents, c'était incroyable.

Le gouverneur de Tokyo a dit que le séisme était une punition divine. Moi, je ne veux pas voir les choses ainsi, même si je pense que c'est bien un avertissement de la nature, et l'occasion pour nous de changer de style de vie.

 

-Fukushima a été classé "accident grave", aussi grave que Tchernobyl. Comment les médias japonais traitent-ils de la situation ? Penses-tu que les autorités disent la vérité aux Japonais ? S'informent-ils à ce sujet, pour trouver d'autres sources ?

Les médias japonais ne sont pas très tenaces, c'est le moins qu'on puisse dire. On dirait qu'ils jouent au baseball avec TEPCO ou les politiques. Je ne pense pas qu'ils nous mentent, mais ils ne nous disent pas tout. Heureusement, grâce à Internet, nous avons davantage de moyens d'accéder à l'information, mais bien sûr, il faut vérifier qu'elle soit valable.

 

-On dit que les Japonais ont leur façon à eux d'affronter de tels événements, un regard assez fataliste, accceptant les choses. Est-ce vrai, ou est-ce que la foi, la patience tendent à diminuer au fil du temps ? Pour ceux qui ont tout perdu, ce doit être très très dur, et on dit dans nos médias occidentaux que le gouvernement japonais ne fait pas grand chose pour eux, pour l'instant... Quelles sont tes impressions à ce sujet ?

Au cours de sa longue histoire, le Japon a souffert de nombreuses catastrophes naturelles : des séismes, des tsunamis, des typhons, des éruptions volcaniques... Nous savons que la nature peut être terrifiante. Ce séisme a été le pire jamais vu. Mais nous devons accepter cette réalité, et avancer.

Et puis, les Japonais ont cette idée d'une destinée commune. Les gens ne cherchent pas à se causer du tort. Dans la région de Tohoku, qui a été dévastée, cette "culture" a profondément marqué les gens, encore aujourd'hui. J'ai entendu qu'une vieille dame avait été secourue 3 jours après le séisme, et la première chose qu'elle a dit aux secouristes, c'était "désolée de vous causer autant d'embarras"... au lieu de "merci" !

Je suis assez étonnée par la patience des gens dans les zones sinistrées. Encore aujourd'hui, ils mangent peu et ils ont du mal à avoir de la nourriture. Dans certains endroits, c'est impossible de se laver tous les jours. Il y a des milliers de personnes qui dorment à même le sol des centres d'évacuation depuis 2 mois. Et pourtant, les gens se réconfortent et s'aident. C'est vraiment digne de respect. D'habitude, les Japonais sont fiers de leur pays au moment des JO ou de la coupe du monde de foot. Mais aujourd'hui nous avons réalisé à quel point le Japon pouvait être un beau pays, et beaucoup sont fiers d'être nés dans ce pays. C'est un sentiment très rare chez les Japonais depuis la Seconde guerre mondiale.

 

- Quel est ton ressenti par rapport à tout ça ?

peach.jpgPrès de deux mois sont passés depuis la catastrophe, mais je n'arrive pas à penser à autre chose. J'y pense tout le temps, et même des choses insignifiantes me font pleurer. Pourtant, ce que le tsunami et le séisme nous ont laissés, ce ne sont pas que des choses négatives. Nous avons à nouveau pris conscience de la valeur de la vie, de l'amour et de la famille. Cette expérience nous a montré à quel point c'était important de s'aider les uns les autres, quel était le pouvoir des gens, et le fait que nous n'étions pas seuls. Beaucoup de pays et de gens nous ont aidés, y compris des pays comme l'Afghanistan ou le Cambodge, alors qu'ils ont eux-mêmes d'immenses difficultés à gérer. Ces pays-là nous ont pourtant envoyé de l'argent. Quand on sait ce que ça représente pour eux, nous ne pourrons jamais assez les remercier d'être aussi bons pour nous. Je pense que nous n'oublierons jamais.

Personnellement, toute cette catastrophe m'a vraiment fait davantage penser à la nature. On dit que dans 40, 50 ans, il n'y aura plus de pétrole. Pour conserver notre style de vie, doit-on nécessairement opter pour l'énergie nucléaire ? Je pensais que c'était sûr. On n'a bien vu que rien n'était jamais sûr à 100%. Je ne pense pas qu'il soit trop tard pour réfléchir et trouver d'autres solutions plus sûres, pour nous-mêmes et pour les générations suivantes.

 

 
 
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