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vendredi, 04 novembre 2011

Le Web, c'est la télé du futur

Faut-il prendre les web-séries au sérieux ? C’est le grand débat soulevé par la plupart des critiques des médias et observateurs de la Toile, surtout depuis qu’une petite série a fait son petit bonhomme de chemin jusqu’au festival du rire de Montreux. « Le visiteur du futur », série « cross-média » (mélangeant en l’occurrence web et télévision puisqu’elle est diffusée sur la chaîne NoLife) a été primée meilleur web-série d’humour. En 1 an et une saison, elle a cumulé 2 millions de « spectateurs » avec une moyenne de 150 000 vues par épisode. C’est la web-série n°1 sur Dailymotion. En 2011, elle est classée 8ème dans le Top 10 d'Allociné des meilleurs séries d'humour. Elle compte un site officiel, son merchandising, sa communauté de fans, jusqu’à ses fanarts et fanfictions. Aujourd'hui, la première saison se vend en DVD à la Fnac, la BO se télécharge sur le site officiel, l'équipe fait des sessions dédicaces... Toutes les caractéristiques de la création qui devient culte. « Mais son succès n’a jamais été prémédité » assure t-on. 


Le visiteur du futur saison 2 Theatrical trailer... par SolidVince

Le pire est que c’est sans doute vrai. Retour sur une web success-story.

Tout commence en 2008. Une bande de potes, réunis autour de François et Slim, presque tous condisciples de BTS audiovisuel, sont déjà les seuls à avoir des projets concrets qui tiennent la route. François, « geek en chef », ouvre le blog Frenchnerd « pour expérimenter des vidéos débiles, mais faites avec amour ».

Des courts-métrages suivent, des détournements. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, a une compétence à faire valoir (comme réalisateur, chef opé, monteur, comédien bien sûr…) La clé du succès vient de la synergie de ce collectif de geeks qui n’en sont pas tellement.

Frenchnerd fonctionne comme un laboratoire pour contenus web. Bien que lents au démarrage, très vite, ça s’accélère et ça cartonne : les « grands débats » notamment deviennent cultes. Il faut dire qu’en terme de connerie geek, il y a du lourd : sur le principe du untel VS untel, ou concept 1 VS concept 2, deux potes, souvent comédiens amateurs, débattent et improvisent. Milf VS Teen, Ligne 1 VS ligne 2 (du métro), Lambert VS VanDamme, et le désormais mythique Moundir VS Predator que je me fais un plaisir de vous diffuser ici.


Moundir vs Predator par FrancoisDescraques

Mais l’idée originelle et ultime de création restent deux web-séries « J’ai jamais su dire non » et « Le visiteur du futur ». La bande fait une réalisation par semaine, s’éclate à le faire. Le retour du public se manifeste très vite. 40, 50, 100 commentaires en une journée… « L’intérêt d’Internet était que les commentaires se faisaient pratiquement en live », explique François. « Une vraie communauté de fans s’est créée, et les critiques étaient constructives », estime Slim.  Avec les web-séries, c’est un rapport totalement nouveau qui se crée entre le créateur et son public : un échange interactif où le réalisateur voit très vite ce qui plaît et ce qui ne plaît pas, tout en gardant sa personnalité et en ne se laissant pas influencer par des pressions d’audimat.

Geek story

Le web, c’est la télé du futur

Slim (à gauche) et François (crédits : A. Perol)


Est-ce parce que le geek est à la mode que Frenchnerd a décollé ? Pas forcément… « A la base, nous sommes surtout des réalisateurs, pas des geeks. Mais on parodie les poncifs geeks, les ficelles récurrentes, et surtout, on ne se prend pas au sérieux. Ce qu’on fait trouve un écho chez chacun, et tout le monde peut s’y reconnaître. C’est peut-être pour ça que ça plaît », estime François.

A supports différents, formats différents. Et c’est la grande force de Frenchnerd : le quotidien transfiguré par cartoon (« j’ai jamais su dire non ») à la SF qui s’invite dans le quotidien (« le visiteur du futur »), en passant par les détournements classiques, de nombreux mécanismes de l’humour sont expérimentés. Du coup, tout le monde trouve à boire et à manger, ce qui n’empêche pas le collectif d’imprimer son identité et sa griffe, une image de marque justement reconnue et appréciée du public.

Faire du vieux avec du neuf

Bien entendu, et c’est souvent ce qu’on reproche aux web-séries, se pose très vite le problème de la maille. « La question du financement s’est posée depuis le début », raconte Slim. On a des rendez-vous pour essayer de trouver des soutiens. On a aussi plein de propositions, jamais intéressantes. Il n’y a pas de modèle existant pour accueillir ce que nous faisons. La plupart des producteurs essaient même d’appliquer auVisiteur des vieux schémas, et mieux, ont tenté de s’arroger les droits de notre travail et de nous laisser co-producteurs. Simplement pour acheter l’idée de base, et la refaire à leur façon. »

La volonté de récupération étant manifeste, François dit niet à tout. Et préfère se démerder seul, comme il a toujours fait : « Bien sûr qu’on reste ouvert à des discussions pour du fric. Mais est-ce que le buzz n’est pas plus intéressant en fin de compte ? Avec le mini-business des produits dérivés, on défraye toute la production, et c’est déjà pas mal ! Peut-être que sur le long terme c’est une solution… »

Parmi les multiples solutions envisagées pour voir plus grand, l’eldorado du sponsoring ne fait rêver ni François ni Slim. Aucune envie d’écrire pour faire plaisir à un annonceur. Le seul censeur, c’est le public : « Des événements comme la Comic Con France ou le Japan Expo sont d’extraordinaires occasions de rencontrer les fans, et on y tient, assure Slim. C’est la magie d’Internet, on a pris conscience qu’on avait un public en chair et en os. Mais on ne se prend pas pour des peoples. On reste accessible, c’est normal. »

Précisément, la réflexion sur les modèles économiques en entraîne une autre sur cette proximité : serait-elle aussi facile à garder en dehors du « modèle Internet ? » Pas sûr… « En même temps, on fait quelque chose de très Web, pas télévisuel, même si esthétiquement ça y ressemble. Quand j’entends des vieux cons me dire « vous méritez mieux qu’Internet », je leur réponds que ça ne me dérange pas de travailler sur le média de l’avenir ! Le public n’ira pas nous voir à la télé. Ce qu’on fait appartient au Web. Et la télé n’est plus le média de l’avenir », rigole François.

Parole de geek !


Plus d’infos :

Frenchnerd : www.frenchnerd.com

Le site officiel du Visiteur du futur : www.levisiteurdufutur.com

 

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