Avertir le modérateur

dimanche, 12 février 2012

Whitney Houston : hommage batemanien

Vu aujourd'hui sur le Twitter de Bret Easton Ellis :

Capture d’écran 2012-02-12 à 17.17.43.png

En substance, ça donne : "Whitney Houston : oui, ce soir, quelque part, Patrick Bateman pleure, est choqué mais pas surpris, et il commande trois putes au lieu de deux...

Probable aussi qu'elles vont passer un sale quart d'heure.

Whitney Houston est morte aujourd'hui, à 48 ans. C'est donc le pire jour possible pour Patrick Bateman, le héros déjanté d'American Psycho. Il y a 27 ans, Breat Easton Ellis faisait à travers Pat la meilleure critique possible de l'artiste. Une critique de fan hardcore, mais qui lui rendra justice mieux que tout le verbiage des nécrologies AFP.

"C''est en 1985 que Whitney Houston a fait une apparition fracassante dans le paysage musical, avec l'album qui porte son nom, lequel comportait quatre titres premiers au hit-parade, dont The Greatest Love of all, You Give Good Love et Saving all my Love for you, et devait en outre remporter le Grammy Award de la meilleure performance vocale féminine pour les variétés, ainsi que deux American music Awards, celui du meilleur album de rythm and blues, et celui de la meilleure vidéo de rythm and blues. De plus, les magazines Billboard et Rolling Stone la sacraient meilleure nouvelle chanteuse de l'année. Avec un tel battage publicitaire autour de cet album, on est en droit de s'attendre à le trouver décevant et terne, mais Whitney Houston (Arista) se révèle un disque de rythm and blues étonnamment plein de chaleur, de finesse, somme toute un des plus satisfaisants de la décennie. Quant à la voix de Whitney, elle défie l'imagination. Il suffit de voir la photo de couverture (robe Giovanne de Maura) et celle, assez sexy, qui lui répond au verso (maillot Norma Kamali) pour deviner que ce n'est pas là l'habituel filet d'eau tiède du professionnalisme : certes, la musique est fluide, mais c'est un fluide intense, et la voix de Whitney se joue si bien des limites, avec une telle capacité d'adaptation (encore que Whitney demeure essentiellement une chanteuse de jazz), qu'il est difficile de s'imprégner de l'album à la première audition. Mais là n'est pas le but. C'est un disque à déguster, encore et encore.

whitney.jpg

Les deux premiers morceaux, You Give Good Love et Thinking about you, tous deux réalisés et arrangés par Kashif, bénéficient d'un arrangement jazzy, chaud et luxuriant, mais avec une rythmique contemporaine au synthé; ce sont là deux très bonnes chansons, mais l'album ne décolle vraiment qu'avec Someone for me,  réalisé par Germaine Jackson, que Whitney chante avec avec mélancolie, sur un rythme diso-jazz très enlevé, créant ainsi un décalage extrêmement émouvant. Saving all my Love for you est la ballade la plus sexy, la plus romantique de l'album. Elle bénéficie d'un fantastique solo de saxophone par Tom Scott, et l'influence des groupes vocaux féminins des années 60 y est perceptible (elle a été coécrite par Gerry Goffin), bien que ceux-ci n'aient jamais atteint un tel degré d'émotion ou de séduction (ni une telle qualité de son). Nobody loves me like you do, un fantastique duo avec Germaine Jackson (et qui l'a également réalisé) n'est qu'un exemple de la qualité des chansons de cet album. La dernière dont il souffre est bien le manque de textes valables, ce qui arrive généralement quand une chanteuse n'écrit pas ses propres chansons et doit laisser son producteur les choisir pour elle. Mais Whitney et ses amis ont été heureusement inspirés.

How will I know, à mon sens le meilleur morceau de danse des années 80, évoque avec allégresse les tourments d'une fille qui ne sait pas si un garçon s'intéresse ou non à elle. Le riff au clavier est superbe, et c'est le seul titre de l'album qui soit réalisé par Narada Michael Walden, l'enfant prodige. La ballade que je préfère, personnellement (mis à part The Greatest Love of all, qui demeure au-dessus de tout), est All at Once, l'histoire d'une femme qui s'aperçoit soudain que son amant s'éloigne d'elle. L'arrangement des cordes y est magnifique. Rien dans l'album ne semble être du remplissage à part, peut-être, Take Good care of my heart, un autre duo avec Germaine Jackson, qui s'éloigne des racines jazzy de l'album, et paraît trop influencé par la dance music des années 80. 

Cependant, nous retrouvons le talent de Whitney, plus grand que jamais, dans l'extraordinaire The Greatest Love of all, une des plus fortes, des meilleures chansons jamais écrites sur la dignité et le respect de soi-même. De la première à la dernière ligne (dues à Michael Masser et Linda Creed), c'est une ballade qui parle, de façon magistrale, de la foi en soi-même. C'est là une proclamation pleine d'intensité, que Whitney chante avec une noblesse qui confine au sublime. Son message universel dépasse toutes les frontières, pour instiller chez l'auditeur l'espoir qu'il n'est pas trop tard pour s'améliorer, pour être plus humain. Puisque, dans ce monde, il nous est impossible de nous ouvrir aux autres, nous pouvons toujours nous ouvrir à nous-même. C'est la un mesasge important, essentiel en vérité, que ce disque nous transmet superbement."

Là, Bateman-Ellis fait également la critique de son deuxième album, puis conclut : "Nous attendons encore beaucoup de choses de Whitney (elle a fait une apparition bouleversante aux J.O 1988, nous offrant un magnifique One moment in Time), mais même si ce n'était pas le cas, elle demeurerait néanmoins l'une des voix noires les plus passionnantes et les plus originales de sa génération."

Extrait (comique) du film American Psycho relatif à Whitney Houston :


Eh oui : Bateman est la preuve qu'on peut être extrêmement sensible et adoré les threesome sanguinolents... réalisés sur la musique de Whitney Houston bien sûr. 

 

jeudi, 09 février 2012

Hellfest 2012 : vétérans et nouvelle garde sur les rangs

A l'annonce de l'affiche du Hellfest 2012, le mail collectif n'a pas traîné. "Eh les mecs, Guns n'Roses, Mötley Crüe, Black Sabbath, Turbonegro, Dropkick Murphys et même Lynyrd Skynyrd, plus Orange Goblin qu'on ne voit jamais en France et Megadeth pour ceux qui aiment, ça envoie du bois quand même !" Réponse de Clém, métalleux devant l'Eternel : "Ouais, grave. Ca sonne très réunion d'anciens combattants, mais... Comme on va déjà voir les vioques de Metallica, ça va!"

Qu'on ne se méprenne pas : "anciens combattants" veut dire "respect". On nous promet tout de même d'entendre ça (à part les pattes d'eph et un "band" passablement modifié, ça sera la même, y compris côté cheveux longs) : 

On nous promet ces fous furieux là aussi :


Et cette curiosité rare en France qu'il faut avoir vu une fois dans sa vie ! 

Je fais l'impasse sur les "so called" Guns n'Roses (sans Slash, sans Izzy, sans Duff, vous m'expliquez ce qu'il en reste, des Guns?) qui réjouiront tout de même ceux qui adoraient attendre Axl Rose pendant 2h.

Le tour de force, c'est qu'en 7 années d'existence, le Hellfest est passé du festoche "Do it Yourself" à l'événement régional monstre (et Nantes n'en compte pas des masses, à part les Folles Journées). 6 scènes au lieu de 4 pour 160 groupes au lieu de 119, une infrastructure qui pourra accueillir 35 000 personnes par jour. Camping agrandi également, avec plus de sanitaires (c'est important. Le métalleux, certes, creuse son trou et dort dedans comme un Orc, mais il aime bien aussi pouvoir se décrasser 1 fois en 3 jours). Pour avoir autant de groupes de métal réunis en un seul festival, il faut se coltiner en Angleterre ou en Allemagne, au minimum. 

Le descriptif des nouvelles scènes est plus qu'alléchant : "Outre les toujours imposantes « Mainstage 1 & 2 » où se produiront de prestigieux noms du Hard Rock, du Heavy et Thrash Metal, un double chapiteau géant proposera du Death et du Grind sur « The Altar Stage » en alternance avec du Black et du Pagan sur « The Temple Stage ». Un peu plus loin, « The Valley Stage » sera dédiée au meilleur du Doom, Stoner, Sludge et autres riffs psychédéliques, tandis que devant « The Warzone Stage » les « kids » pogoteront sur du Punk, Hardcore, D-beat et Crust."

Si ça ne donne pas envie aux métalleux... Pour ma part, du moment qu'ils gardent leurs déco façon village orc, en métal rouillé, et leur feu de joie au milieu, ça sera parfait. 

L'aperçu de la programmation

 

hellfest 2012,black sabbath,metal,rock,motley crue,guns n roses,slash,axl rose,lynyrd skynyrd,orange goblin,turbonegro,dropkick murphys,clisson,nantes,festival

Je n'ai qu'un seul regret.

Immortal ne revient pas cette année. Ils demandaient trop chers ?!

Mais ne crachons pas dans la soupe. Au palmarès du Hellfest, il ne manque plus que Metallica, AC/DC et Iron Maiden, et là ça sera la consécration. L'année prochaine ?

Infos pratiques :

Hellfest, festival les 15, 16 et 17 juin 2012 à Clisson (44).
Programmation semi-complète, réservations, infos pratiques sur les voyages organisés sur www.hellfest.fr.
Une applicaton est également disponible pour iPhone et Android.

 

Un acteur porno nain se suiciderait-il dans un terrier de blaireau ?

Je vais inaugurer une nouvelle catégorie de ce blog : les insolites du Web. Car enfin, où pouvez-vous trouver une news pareille à part sur le web ?! 

A ce qu'il paraît, selon le Sunday Sport et RadarOnline.com, un célèbre cuistot britannique (et non américain comme on peut le lire), Gordon Ramsay, avait un sosie. Insolite. Un acteur porno nain, Percy Foster, qui aurait été retrouvé mort, mangé dans une tanière de blaireau. Si si. A preuve, la magnifique couv' du Sunday Sport.

imgres.jpeg

Il aurait été retrouvé mort par des experts du ministère de l'Agriculture, venus faire une opération de gazage de blaireaux (...) dans des "circonstances insolites et anormales" (y'a t-il une façon normale de mourir?), à savoir dévoré par de féroces blaireaux gallois (on n'est pas très loin du lapin tueur dans Monty Python and the Holy Graal). On ajoute même que les enquêteurs n'exclut pas la thèse du suicide ! Pour que l'histoire soit complète, les immanquables citations du producteur de films porno, "Dexter Yamunkeh" : "Percy était un petit gars avec de gros problèmes, il réussissait mais était soumis à la pression comme tous les acteurs de ce métier"). Percy Foster aurait dit lui-même : "Les sosies gagnent plus d'argent dans le porno, et les sosies nains sont aussi rares que les dents de poule, on peut vraiment bien gagner sa vie!".

Déjà, rien qu'avec l'utilisation de l'expression "aussi rares que les dents de poule", on peut se poser quelques questions. Le reste, après tout, pourrait bien arriver. Regardez les couv' du Nouveau Détective!

Il se trouve qu'un reporter du Huffington Post américain, rubrique "Weird news" (insolite), a mené sa petite enquête. Il a contacté la police locale de Tregaron, au pays de Galles, où l'acteur aurait été retrouvé mort pour vérifier les faits. Personne ne savait de quoi il s'agissait. 

Plus curieux encore, on ne trouve aucune mention d'un Percy Foster, acteur porno, sur le Web. Aucune trace du prétendu film X dans lequel, selon le Sunday Sport, il aurait dit "Eh Ho-Eh-Ho, It's up your Arse we Go" (intraduisible ou presque, mais vous aurez saisi la référence). 

Le Huff a poussé l'investigation jusqu'à interviewer un spécialiste du X, Bill Margold, qui n'aurait jamais entendu parler de cet acteur. Chose peu probable, s'il était si "particulier".

Eh oui... l'affaire ne serait qu'un vulgaire hoax, du même genre que "Marylin Monroe est vivante et travaille" ou "une bombe de la seconde guerre mondiale retrouvée sur la Lune", et autres élucubrations dont le Sunday Sport, tabloïd britannique du même type que The Sun ou News of the World, est friand. Percy Foster va t-il devenir une private joke de geeks ? A voir...

Alors, faudrait-il faire la chasse aux hoax ? D'autant plus que nombreux sont ceux qui y croient fermement... 

Peut-être a-t-il raison. Car finalement, nous avons tous cliqué pour lire ce papier à la con... et on s'est tous posés la même question : mais enfin, pourquoi un acteur porno nain se suiciderait-il dans un terrier de blaireau ! Peut-être aussi que sans ces petits délires, Internet serait bien moins fandard...

 

vendredi, 04 novembre 2011

Le Web, c'est la télé du futur

Faut-il prendre les web-séries au sérieux ? C’est le grand débat soulevé par la plupart des critiques des médias et observateurs de la Toile, surtout depuis qu’une petite série a fait son petit bonhomme de chemin jusqu’au festival du rire de Montreux. « Le visiteur du futur », série « cross-média » (mélangeant en l’occurrence web et télévision puisqu’elle est diffusée sur la chaîne NoLife) a été primée meilleur web-série d’humour. En 1 an et une saison, elle a cumulé 2 millions de « spectateurs » avec une moyenne de 150 000 vues par épisode. C’est la web-série n°1 sur Dailymotion. En 2011, elle est classée 8ème dans le Top 10 d'Allociné des meilleurs séries d'humour. Elle compte un site officiel, son merchandising, sa communauté de fans, jusqu’à ses fanarts et fanfictions. Aujourd'hui, la première saison se vend en DVD à la Fnac, la BO se télécharge sur le site officiel, l'équipe fait des sessions dédicaces... Toutes les caractéristiques de la création qui devient culte. « Mais son succès n’a jamais été prémédité » assure t-on. 


Le visiteur du futur saison 2 Theatrical trailer... par SolidVince

Le pire est que c’est sans doute vrai. Retour sur une web success-story.

Tout commence en 2008. Une bande de potes, réunis autour de François et Slim, presque tous condisciples de BTS audiovisuel, sont déjà les seuls à avoir des projets concrets qui tiennent la route. François, « geek en chef », ouvre le blog Frenchnerd « pour expérimenter des vidéos débiles, mais faites avec amour ».

Des courts-métrages suivent, des détournements. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, a une compétence à faire valoir (comme réalisateur, chef opé, monteur, comédien bien sûr…) La clé du succès vient de la synergie de ce collectif de geeks qui n’en sont pas tellement.

Frenchnerd fonctionne comme un laboratoire pour contenus web. Bien que lents au démarrage, très vite, ça s’accélère et ça cartonne : les « grands débats » notamment deviennent cultes. Il faut dire qu’en terme de connerie geek, il y a du lourd : sur le principe du untel VS untel, ou concept 1 VS concept 2, deux potes, souvent comédiens amateurs, débattent et improvisent. Milf VS Teen, Ligne 1 VS ligne 2 (du métro), Lambert VS VanDamme, et le désormais mythique Moundir VS Predator que je me fais un plaisir de vous diffuser ici.


Moundir vs Predator par FrancoisDescraques

Mais l’idée originelle et ultime de création restent deux web-séries « J’ai jamais su dire non » et « Le visiteur du futur ». La bande fait une réalisation par semaine, s’éclate à le faire. Le retour du public se manifeste très vite. 40, 50, 100 commentaires en une journée… « L’intérêt d’Internet était que les commentaires se faisaient pratiquement en live », explique François. « Une vraie communauté de fans s’est créée, et les critiques étaient constructives », estime Slim.  Avec les web-séries, c’est un rapport totalement nouveau qui se crée entre le créateur et son public : un échange interactif où le réalisateur voit très vite ce qui plaît et ce qui ne plaît pas, tout en gardant sa personnalité et en ne se laissant pas influencer par des pressions d’audimat.

Geek story

Le web, c’est la télé du futur

Slim (à gauche) et François (crédits : A. Perol)


Est-ce parce que le geek est à la mode que Frenchnerd a décollé ? Pas forcément… « A la base, nous sommes surtout des réalisateurs, pas des geeks. Mais on parodie les poncifs geeks, les ficelles récurrentes, et surtout, on ne se prend pas au sérieux. Ce qu’on fait trouve un écho chez chacun, et tout le monde peut s’y reconnaître. C’est peut-être pour ça que ça plaît », estime François.

A supports différents, formats différents. Et c’est la grande force de Frenchnerd : le quotidien transfiguré par cartoon (« j’ai jamais su dire non ») à la SF qui s’invite dans le quotidien (« le visiteur du futur »), en passant par les détournements classiques, de nombreux mécanismes de l’humour sont expérimentés. Du coup, tout le monde trouve à boire et à manger, ce qui n’empêche pas le collectif d’imprimer son identité et sa griffe, une image de marque justement reconnue et appréciée du public.

Faire du vieux avec du neuf

Bien entendu, et c’est souvent ce qu’on reproche aux web-séries, se pose très vite le problème de la maille. « La question du financement s’est posée depuis le début », raconte Slim. On a des rendez-vous pour essayer de trouver des soutiens. On a aussi plein de propositions, jamais intéressantes. Il n’y a pas de modèle existant pour accueillir ce que nous faisons. La plupart des producteurs essaient même d’appliquer auVisiteur des vieux schémas, et mieux, ont tenté de s’arroger les droits de notre travail et de nous laisser co-producteurs. Simplement pour acheter l’idée de base, et la refaire à leur façon. »

La volonté de récupération étant manifeste, François dit niet à tout. Et préfère se démerder seul, comme il a toujours fait : « Bien sûr qu’on reste ouvert à des discussions pour du fric. Mais est-ce que le buzz n’est pas plus intéressant en fin de compte ? Avec le mini-business des produits dérivés, on défraye toute la production, et c’est déjà pas mal ! Peut-être que sur le long terme c’est une solution… »

Parmi les multiples solutions envisagées pour voir plus grand, l’eldorado du sponsoring ne fait rêver ni François ni Slim. Aucune envie d’écrire pour faire plaisir à un annonceur. Le seul censeur, c’est le public : « Des événements comme la Comic Con France ou le Japan Expo sont d’extraordinaires occasions de rencontrer les fans, et on y tient, assure Slim. C’est la magie d’Internet, on a pris conscience qu’on avait un public en chair et en os. Mais on ne se prend pas pour des peoples. On reste accessible, c’est normal. »

Précisément, la réflexion sur les modèles économiques en entraîne une autre sur cette proximité : serait-elle aussi facile à garder en dehors du « modèle Internet ? » Pas sûr… « En même temps, on fait quelque chose de très Web, pas télévisuel, même si esthétiquement ça y ressemble. Quand j’entends des vieux cons me dire « vous méritez mieux qu’Internet », je leur réponds que ça ne me dérange pas de travailler sur le média de l’avenir ! Le public n’ira pas nous voir à la télé. Ce qu’on fait appartient au Web. Et la télé n’est plus le média de l’avenir », rigole François.

Parole de geek !


Plus d’infos :

Frenchnerd : www.frenchnerd.com

Le site officiel du Visiteur du futur : www.levisiteurdufutur.com

 

lundi, 10 octobre 2011

Ca m'fait plus marrer... L'humanité.

Lecteur, je sais ce que tu es déjà en train de te dire. Encore un (une en l’occurrence) de ces fatalistes allumé(e)s qui, parce qu’ils sont tombés sur un taxi fou, que leur voisin de palier les a gonflé avec son reggae et qu’il y avait un os dans les McNuggets du McDo, parce que leur rame de métro a mis 5 min de plus à les ramener à leur 3-pièces bourgeois et parce que le départ à la retraite se fera 2 ans plus tard, décrètent à la fin de la journée, une fois affalés devant la télé, que décidément, l’humanité, c’est de la merde.

Eh bien lecteur, tu as… un petit peu raison.

Bien que je n’ai pas vécu aujourd’hui l’un des cas énoncés plus hauts, je me suis affalée dans mon bain (où je crapote toujours) en décrétant que l’humanité ne me faisait plus marrer. Laisse-moi te raconter une parabole qui, je l’espère, te permettra de mieux comprendre les raisons d’une telle déclaration.

J’ai passé, figure-toi, un weekend à la campagne près de Mulhouse, charmante région où l’on sent nettement la proximité de l’Allemagne, non seulement grâce aux noms à consonance assez éloignée de la douceur latine, mais aussi grâce à un respect de l’ordre établi, des lois et du quand-dira-t-on qui tue dès la naissance toute velléité de rébellion auprès de la jeunesse locale. On y aime le gibier à poil et à plumes, on y emploie des expressions d’avant moi, et y on revendique un côté suisse-allemand y compris dans l’accent traînant. Ajoute à cela un temps humide, (donc, en un mot, pourri), et tu comprendras que cette région ne dispose guère à l’amour universel.

Je faisais donc, en cette charmante région, un reportage sur une sorte de SAV pour maîtres et chiens. Ne rigole pas trop vite cher lecteur. C’est un véritable creuset de l’âme humaine et des comportements de notre espèce. Car loin d’avoir assisté à un défilé de Josiane emperlousées accompagnées de leur shih tzu ou de leur chihuahua caractériels qui pissent partout et rongent leurs pantoufles, j’ai plutôt vu un régiment de malinois, golden retrievers géants et même bergers d’Asie (chiens absolument introuvables et qui ont pour fonction quasi génétique de garder les chèvres dans le Caucase, en gros), tous plus tarés et hystériques les uns que les autres, mal-être largement compréhensible lorsqu’on observait d’un coup d’œil à peine aiguisé leurs maîtres aussi débordés qu’abrutis et, pire que tout, en plein déni de tout échec et de toute responsabilité. Des chiens tellement au bord de la crise de nerfs que certains cas semblaient glisser lentement mais sûrement sur la pente fatale qui mène à l’étiquette « chien dangereux », et donc candidat possible à l’euthanasie.

ca-mfait-marrer-lhumanite-L-wNNK9_.jpeg

Le célèbre Tinkerbell de Paris Hilton, sur le point de se suicider (crédits : Southpark)

SAV pourquoi ? Parce que le malheureux éducateur canin présent pour essayer d’aider ces cas sociaux s’entendait plus ou moins dire : « mon chien ne marche pas, changez-le moi ». Cruel aveu du maître
« trahi » par son compagnon le plus fidèle, qui mord la main même qui le nourrit, qui le caresse…  alors qu’il en a fait un jouet abêti auquel on nie toute sa nature d’animal. Et qui n’hésitera pas à s’en débarrasser s’il déraille un peu trop fort, alors qu’il est, lui, son maître, le plus souvent, l’unique responsable.

Rarement, cher lecteur, je n’ai vu réunis en deux jours et en un seul endroit une telle indigence intellectuelle et un manque de bon sens qui ferait rougir Descartes, tout penaud d’avoir énoncé sa putain de phrase à la con sur le sujet. Anthropomorphisme, inconscience, inconséquence, déni total de responsabilité et du caractère gravissime de certains événements, rapports hiérarchiques avec un animal à faire fantasmer un légionnaire… et j’en passe. Un tel concentré de connerie et d’individus finis au pipi au mètre carré a fini par écœurer les quelques personnes un peu élaborées de l’assemblée, au point que le retour en avion à Paris n’a pas été planant, et a même mis un coup sur la calebasse à tout le monde.

Réflexion faite une fois dans le zinc : les ¾ des gens sont cons. Les gens cons sont dangereux. Les gens cons se reproduisent. En plus.

Car là, cher lecteur, tu rigoles en te disant que ce n’était qu’une histoire de toutou mordeur. Ne rigole pas trop vite. Car le crétin qui promène sa bite au bout de la laisse peut être le même qui te fera une queue de poisson et t’enverra dans le décor parce que son ego est en jeu. Le même qui projettera ses frustrations sur ses enfants et les rendra malheureux (et ce n’est, encore, que le scénario le plus « light » possible). Le même qui votera à la tête du client et installera peut-être une dictature sans que tu l’ais souhaité. Vois avril 2007.

Coup d’œil sur mon voisin de siège qui lisait le Libé du weekend : Sarko encore et toujours, les forêts de la planète qui disparaissent, un médecin rwandais accusé d’être un génocidaire, ah tiens, la page des décès du jour… Et cette réflexion subsidiaire : dans ce monde corrompu jusqu’à l’os, où l’on érige la connerie en valeur sûre (exemple avec la pub Diesel), en quoi peut-on encore croire ?

Quand les cons mènent le monde, quand la course à l’abîme ne va pas en ralentissant, quand tous les dérivatifs/palliatifs que sont le sexe, la drogue, la télé, le mariage ne fonctionnent plus, quand tous les idéaux se sont effondrés : en quoi peut-on encore croire ?

Faut-il penser, comme le poète niais de Moulin Rouge en 2001 (avant le 11 septembre), qu’il faut croire en la Beauté, en la Vérité et en l’Amour ? Et après tout, qu'est-ce que c'est ?

J’ai, cher lecteur, un avis très personnel sur la question, et il tient en trois lettres. Mais il pourrait paraître abominablement individualiste, et comme j’aimerai susciter ta réflexion et tes propositions, je te laisse le choix des armes.

Desproges disait : « Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. » Cela, en effet, aurait été rendre service aux malheureux que j’ai vu ce weekend. Bien que très pessimiste ce soir, je pense que ce n’est, cependant, pas complètement rendre service aux hommes. Même si, par moments, « tuer tous les imbéciles simplifierait tellement les choses… »

ca-mfait-marrer-lhumanite-L-R1W_n7.jpeg

Merci à Pierre-François Lacenaire, criminel devant l'Eternel, pour la justesse de cette chute presque "imaginaire" (extrait du film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné, 1944).

mercredi, 22 juin 2011

Bono, quand est-ce que tu refais de la musique ?

lying on warehouse floor, writing, close-up–'U2 Rattle & Hum - The official book of the U2 movie'–[home8.inet.tele.dk].jpgMon cher Paul,

tu permets que je t'appelle Paul, puisqu'après tout c'est ton vrai prénom. Arrêtons 5 min les faux-semblants et les mystifications diverses, laisse tomber ton pseudo et tes lunettes fumées derrière lesquels tu te caches depuis trop longtemps maintenant pour être resté honnête.

Ceci n'est pas une lettre de fan dont de toute façon tu n'as rien à battre, puisqu'elle ne te rapportera rien. Pas un kopeck. C'est une lettre de dégoût de quelqu'un qui aime la musique, dirons-nous. Car à une époque, tu faisais de la musique. Si, si, rappelle-toi, je sais que c'est très loin, mais essaie quand même. Souviens-toi de l'époque où on pouvait venir te voir pour 19$ :

 

 

Aujourd'hui, voilà ce que tu donnes sur scène :

 

 

C'est pas beau n'est-ce pas ? Oui... Je suis assez d'accord.

Le dégoût, mon cher Paul, c'est quelque chose qui se nourrit chez les gens par l'accumulation. On en rajoute un peu plus à chaque fois, jusqu'à l'écoeurement. Au bout du compte, on dégueule.

Il y a à peine 2 jours, l'écoeurement a été à son comble, et pourtant, ça n'avait rien de surprenant : ton groupe venait d'exploser les Rolling Stones, en accomplissant la tournée la plus lucrative de l'Histoire. Vise un peu : 700 millions de dollars et des poussières avec le 360°Tour. Une tournée à côté de laquelle le Zooropa Tour, avec ses écrans, ses Traban suspendues, et ta mégalomanie plutôt rigolote, faisait l'effet d'une kermesse d'école. Non, là, les billets se vendaient au plus bas (et pour une vision de merde) à 60 euros, la tournée était sponsorisée par Blackberry et Live Nation, elle est méga polluante puisqu'elle nécessite 120 camions (toi qui chantait dans Where the streets have no name "I want to feel, sunlight on my face/I see that dust-cloud disappear without a trace/I wanna take shelter from the poison rain") et toi et ton groupe, vous étiez encore un peu plus isolés de votre public. Tant à cause de la disposition de la scène que, surtout, de votre mine inexpressive au possible. A croire que venir jouer devant des millions de cons qui vous aiment (encore) est devenu pour vous comme venir au bureau pour moi : un truc chiant.

Mon cher Paul, je te déteste d'autant plus aujourd'hui que je t'ai adoré hier. Je te déteste pour ce que tu as fait aujourd'hui de ton groupe, surtout quand je me souviens de ce qu'il a été. Tu me fais vraiment chier, parce que ça fait mal au coeur de voir des musiciens qui avaient des idées devenir de vieux patrons qui n'ont plus rien à dire. De voir ceux qui jouaient hier avec BB King enregistrer des chansons avec David Guetta. Et ce n'est pas seulement parce que vous deviendriez gâteux.

bono-rania.jpgJ'ai pu supporter un temps ton pseudo engagement de chef d'Etat de pacotille pour la cause africaine, le sida. Si dans les années 80, c'était sans doute une démarche sincère, aujourd'hui, j'en doute fort, surtout quand ça prend le pas sur la musique et que, depuis longtemps, tu as troqué les fringues de gitan du Joshua Tree Tour 87 pour celles d'un VRP de luxe qui prend ses vacances au Cap Nègre. Mais bon, j'y arrivais encore, même après t'avoir vu en concert en 2005, date à laquelle ton groupe était déjà foutu.

Tes petits mic-mac avec divers chefs d'Etat, ta façon d'entretenir l'image d'Africains incapables de se démerder seuls (ça t'arrange bien, sinon ton business avec RED s'écroule), tes parts dans Facebook,  le scandale fiscal que vous vous traînez (non parce que, faut pas déconner, on engrange un max de pognon, mais on veut pas payer nos impôts en Irlande), et toutes tes conneries débitées à longueur d'interview (compilées ici, en partie, par le célèbre critique rock Dave Marsh, que tu devrais lire plus souvent : http://www.counterpunch.org/marsh03092007.html), tout ça, ça s'est bien accumulé. Ah, et puis dans un coin du Net, j'ai trouvé ça aussi : http://www.paperblog.fr/1239047/u2-les-photos-de-bono-qui... C'est ta femme qui doit être contente.

Mais tout ça pouvait encore passer, si au moins toi et ton groupe, vous aviez été capables de rester intéressants musicalement.

No line on the Horizon est je crois le pire album que vous avez pondu depuis Pop (et encore, là dessus, il y avait des trucs cools). Je n'ai même pas été capable d'écouter une seule chanson jusqu'au bout. Et c'est avec ça que vous remplissez les stades et faites la tournée la plus lucrative de l'Histoire ? Non parce que, ne viens pas me dire que c'est aussi pour les vieux standards qu'on vient vous écouter, et pour votre sincérité, votre communion avec le public. Ne te fous pas de moi. Tu sais comme moi que c'est terminé depuis bien longtemps, et que si on vient pour ça, on risque fort de ressentir une drôle de douleur entre les fesses en sortant. D'autant plus douloureuse qu'il n'y avait aucune tendresse, en plus.

Mon cher Paul, j'en conclus donc que toi et ton groupe, non seulement vous avez érigé l'hypocrisie en art majeur, à défaut de votre musique, mais en plus, vous vous foutez de la gueule de votre public. Tu lui vends de la merde, et même pas avec le sourire, vu que tu tires toujours la tronche depuis quelques années... Et tes cons de fans indéfectibles te remercient en t'enrichissant davantage. Ce qui, vu ta tête sur scène, n'a pas l'air de te rendre plus heureux. Ca n'enrichit d'ailleurs pas non plus tes idées musicales, et c'est vraiment ça le plus triste.

Fut un temps, tu t'habillais comme un sac, tu t'étais fait un pseudo look de mexicanos avec galure, bretelles et ceinture de tissu, boucle d'oreille et cheveux longs. Je ne parle même pas de ta période mulet. Tu te jetais dans la foule, tu confiais que tu bandais grave quand tu sentais que la fille que tu faisais danser dans le public tremblait dans tes bras. Toi et ton groupe, vous pouviez enregistrer 269 fois une chanson avant qu'elle soit parfaite (elle est sur Rattle and Hum, tu sais de laquelle je parle). J'ai même relu une critique de concert de Laurent Chalumeau dans un Rock and Folk de 85 (là, on est dans la Préhistoire), qui te trouvait gauche, nullard, nasillard, mais justement tellement bon à cause de ça, parce que plus t'étais mauvais, plus tu en faisais des tonnes, et tu en devenais beau. Chalumeau concédait déjà que tu méritais mieux que ton public d'ados. Le croirais-tu ? Ce qui te sauvait, toi et ton groupe, c'était votre putain de sincérité. Là, tu faisais du rock n'roll. Maintenant, tu ne fais qu'amasser du pognon à peu de frais, et tu n'en branles pas une sur scène. Echec total, non ?

jane-bown-bono.jpg
Un jour, j'ai lu cette phrase de The Edge parlant d'Elvis : « Je n'ai aucune ambition à devenir gros et paresseux comme lui à la fin de sa vie. » Edge, je l'adore. Ca a toujours été lui, le musicien du groupe. Mais tu pourras lui dire de ma part qu'aujourd'hui, il est aussi paresseux qu'Elvis, et que malheureusement pour lui, et pour vous, vous ne laisserez pas la même trace dans l'histoire du rock. Note bien, c'était peut-être pas votre ambition. Tant mieux, parce que si cela avait été le cas, c'est raté. Vous avez décroché à un moment, je sais pas, les années 2000 vous ont fait flippés. M'est avis que vous auriez mieux fait de jeter un coup d'oeil en arrière. Quand on vous regardait en 87, on pouvait se dire que vous resteriez sur le bon chemin, même en faisant des projets ambitieux et décadents comme Achtung Baby. Mais non. Vous avez choisi de faire de la merde. Plein de groupes le font, c'est vrai, mais ce n'est pas une excuse.

On sait que vous ne ferez plus jamais un bon disque, ni même une bonne chanson. Vous l'avez fait « avant ». Votre chef d'oeuvre, vous l'avez fait en 1987, avec une parenthèse enchantée jusqu'en 92, après... Le désert, avec quelques oasis et mirages par-ci par-là.

Alors, outre la vacuité musicale de ton groupe, ce qui reste le plus impardonnable, mon cher Paul, c'est que tu profites de ta position pour nous servir ta soupe de politicard insupportable. Tu ne peux pas te contenter de chanter (mal aujourd'hui, d'ailleurs) et de compter les rangs pour estimer l'ampleur des gains ?

Au moins, là-dessus, fais comme les Stones : prends l'oseille, et tire-toi.

Merci, cher Paul, de considérer un peu la question.

 

 
 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu