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lundi, 20 juin 2011

Hellfest 2011 : ça fait mal aux vieux

Le problème des festivals, c'est qu'il y a plein de groupes différents qui se succèdent sur scène. Ne riez pas, ça peut vraiment être un problème, pour certains groupes justement. Quand les grosses têtes d'affiche, qui servent à attirer le grand public, et faire plaisir aux fans, arrivent sur scène après des groupes peut-être plus récents, plus jeunes, plus confidentiels aussi parfois, mais nettement plus novateurs et originaux, la comparaison peut être fatale.

Même si je ne serai pas restée jusqu'au bout pour voir papy Ozzy et Judas Priest, la triste comparaison « pionniers » VS « jeunes plein d'avenir » (ou plus forcément tous jeunes mais plus pêchus) aura été la grande leçon musicale du Hellfest 2011. Pensez : vous patientez avec Down pour voir Iggy Pop, et vous vous consolez avec Rob Zombie d'être passé d'une parodie ennuyeuse à du grand-guignol façon Grindhouse volontaire et efficace.

 

Théorie confirmée dès le lendemain par le défilé Apocalyptica, Black Label Society et... Scorpions. Beaucoup se doutaient que le côté karaoké de fin de samedi soir pour emballer les nanas, ca ne le ferait pas en live. Ils avaient raison. Ne serait-ce qu'à en juger la voix éteinte et sans émotion d'un Klaus Meine qu'il a fallu supporter près de 2h (même le guignol de Mayhem, la veille, y croyait davantage)... Dernière occasion de voir Scorpions en live avant fermeture définitive ? Une partie du public n'a même pas toujours attendu la fin du concert pour signifier au groupe qu'il était temps, en effet, de plier les gaules. Sans doute vexé par cette froideur, le groupe a plus qu'abrégé la setlist, par rapport à d'autres concerts de la tournée... Que voulez-vous, passer après Zakk Wylde et Phil Anselmo, ça pique forcément.

 

Exception notoire : the Cult, groupe de glam-rock punk des années 80, issu de L.A, au son très proche de celui des Guns n'Roses de l'époque, dépotait autant sur scène qu'en studio, même 30 ans après. Possible que ce style de musique ait moins mal subi les affres du temps que d'autres. Toujours est-il qu'un Ian Astbury qui semble content d'être là et qui fait passer quelque chose dans sa voix, restera toujours plus efficace que des papys qui rassemblent 50 000 personnes sur leur légende. Et si encore ils étaient à la hauteur de la légende... Tout le monde n'est pas AC/DC.

NB : Photos du festival en ligne ici (cliquez-moi !)

 

mercredi, 08 juin 2011

Et pendant ce temps, au Japon...

Affaire DSK, bactérie tueuse, festival de Cannes et Roland-Garros... Trop d'actu brûlante pour qu'on s'intéresse encore à ce dont on ne faisait que parler il y a à peine 3 mois : la situation au Japon. J'ai eu envie d'avoir le point de vue et l'analyse d'une Japonaise sur son pays deux mois après la catastrophe naturelle et nucléaire. Miwako est une jeune urbaine active de 28 ans, mariée à un Américain. Tous deux vivent à Tokyo, dans le quartier branché de Shibuya. Elle a perdu sa tante dans la catastrophe, certains de ses amis ont eu à vivre de terribles moments. Pourtant, elle retient surtout l'extraordinaire puissance d'âme de ses concitoyens face à l'adversité, et l'admiration qu'ils suscitent. Sans oublier ce que la catastrophe lui aura rappelé, et que le Japon sait depuis le début de son histoire : c'est la Nature qui rest toute-puissante...

christ.jpgJe me suis installée à Tokyo à 18 ans, il y a 10 ans. J'ai grandi dans une toute petite ville, Tokyo était donc la ville de mes rêves, et encore maintenant, elle est très spéciale pour moi. En octobre dernier, j'ai épousé un Américain, et nous vivons aujourd'hui à Shibuya, l'un des quartiers les plus branchés et peuplés de Tokyo. Mais la principale raison pour laquelle nous avons choisi ce quartier, c'est qu'il y a un grand parc à proximité, où nous pourrions nous réfugier en cas de danger. Et nous pouvons rentrer chez nous à pied du bureau. Ces critères étaient importants pour moi, au cas où le grand tremblement de terre dont on parle tant se produisait à Tokyo. Tout le monde se moquait de moi quand j'en parlais, mais depuis ce qui s'est passé, je suis heureuse d'avoir fait ce choix.

-J'ai appris que ta tante avait péri dans la catastrophe. Je sais que c'est difficile de parler de ça aussi tôt, mais peut-être peux-tu nous expliquer ce qu'il s'est passé ?

J'ai perdu ma tante lors des événements, elle était à Tokyo et assistait à une cérémonie de remise de diplômes de l'école où elle était professeur de technologie. La cérémonie avait lieu au « Kudan-Kaikan », un des plus anciens immeubles de Tokyo, construit en 1934, tout le monde l'adorait. Mais il n'a pas résisté au tremblement de terre. Avec les secousses, le plafond de la pièce où se tenait la cérémonie s'est effondré. Plus de 60 personnes ont été blessées, et deux professeurs ont été pris sous les décombres, et sont morts. L'une des deux était ma tante. Quand le tremblement de terre s'est produit, la cérémonie s'achevait 10 minutes plus tard. J'ai trouvé une vidéo sur Youtube qui montre ce qui s'est passé. Certains professeurs filmaient : http://www.youtube.com/watch?v=8qjpyMDawRg (comme vous pouvez le constater, la vidéo a été retiré de Youtube et le compte qui l'a publiée, fermé.)

Ce matin-là, ma tante et mon oncle parlaient du tremblement de terre qui s'était produit en Nouvelle-Zélande. Ma tante a dit à son mari : « Prends soin de toi, on ne sait pas ce qui peut se passer ». C'était la dernière fois qu'ils se parlaient.

Après le tremblement, mon oncle lui a envoyé un mail pour savoir si tout allait bien, mais évidemment, il n'eut aucune réponse. Quelques heures plus tard, la police l'appelait pour lui apprendre sa mort. Elle n'a vraiment pas eu de chance : le seul immeuble à s'écrouler à Tokyo a été celui-ci. Mais dans un autre sens, elle a eu un peu de chance : selon les médecins, elle serait morte sur le coup, donc elle n'a pas du souffrir. Et malgré les blessures, son visage était toujours aussi beau à son retour auprès de nous. Nous n'avons pas pu lui dire au revoir de son vivant, mais nous avons fait une belle cérémonie avec la famille et ses amis. Quand on voit qu'à Miyagi ou à Fukushima il y a encore des milliers de disparus, nous sommes vraiment reconnaissants auprès de ceux qui l'ont secouru. C'est évidemment une perte très douloureuse pour nous.

- Comment tes amis, tes proches, ont-ils vécu ces événements tragiques ?

Une de mes amies, Naomi, était à Mito, dans la préfecture d'Ibaragi, pour voir ses parents. Les médias n'ont pas tellement parlé des dégâts là-bas, mais ils étaient sévères. Les bords de mer ont pris le tsunami de plein fouet, et le reste a été détruit par le séisme. Heureusement, la maison de mon amie était dans les montagnes, mais une partie s'est effondrée, et les secousses persistent encore là-bas, donc l'état de la maison se dégrade de jour en jour. Pendant 3 jours, elle n'a eu ni eau, ni gas, ni électricité, et son portable ne marchait évidemment plus. A Tokyo non plus d'ailleurs, parce que les lignes étaient saturées. Mais on pouvait aller sur Internet grâce aux portables, du coup beaucoup de gens sont passés par Facebook ou Twitter pour voir si leur famille, leurs amis allaient bien. Il a fallu quelques jours pour réparer un minimum dans cette région, mais ça a pris moins de temps qu'ailleurs. Du coup, la famille de Naomi a proposé aux voisins qui n'avaient plus d'eau courante de venir se laver chez eux. Ils possèdent aussi quelques appartements, dont certains n'étaient pas loués. Ils les ont proposés aux gens qui avaient perdu leur maison dans le désastre.

Naomi voulait rentrer à Tokyo pour voir si tout allait bien chez elle, mais elle a du attendre 15 jours, parce que la voie n'était pas dégagée. Un de ses amis voulait venir la chercher, mais il n'y avait plus d'essence.

 

- Comment la population gère t-elle l'après-tsunami ? Observe t-on de l'entraide, une cohésion entre les gens ?

Dim tokyo tower.jpgChacun fait ce qu'il peut, même l'Empereur et l'Impératrice. Chaque jour, ils éteignent toutes les lumières pendant 2 heures pour économiser l'électricité. A Tokyo, on essaie d'économiser autant que possible. Beaucoup d'entreprises ne mettent plus la clim, éteignent un maximum de lumières. Toutes les illuminations de Tokyo, qui consomment énormément, ont été éteintes. En fait, je n'ai jamais vu Tokyo si sombre depuis la catastrophe... Mais il y a une certaine beauté dans cette obscurité.

Après le séisme, de nombreuses personnes ont pris des initiatives pour aider les gens de Tohoku. Par exemple, un étudiant a créé un site Internet où l'on peut s'inscrire gratuitement pour mettre en contact des gens qui avaient perdu leur maison, ou qui devaient être évacués, et des gens qui offraient un appartement, une chambre pour les loger. (http://roomdonor.jp/)

Pour ma part, je travaille dans une société de bâtiment, qui construit des maisons en prêt fabriqués. Des équipes ont été envoyées à Minami Soma, près de Fukushima, pas très loin de la centrale. Elles sont restées sur place un mois. Le gouvernement avait demandé que 12 000 maisons soient construites avant mai. Mais à cause des répliques sismiques et du manque de matériel, cela a pris du retard, et tout n'est pas encore terminé aujourd'hui. Ils travaillent sans relâche, sans un jour de repos. Mais personne ne se plaint. Un ouvrier m'a dit d'ailleurs que la ville avait été totalement détruite, et que c'était terrible de voir les dégâts, et que c'était pour ça qu'il voulait faire tout ce qu'il pouvait pour aider.

Au Japon, on a une saison des pluies, qui doit arriver prochainement. Il faut absolument que les décombres soient dégagés d'ici là, sinon on devra affronter le risque d'une épidémie. Avec la chaleur, la vermine va se répandre, et ça sera une nouvelle catastrophe. Pour éviter ça, beaucoup d'ouvriers ont été réquisitionnés pour nettoyer la ville. Il y a même eu des agences de voyage qui ont organisé des "volontaires tour", pour recruter des bénévoles, et les billets se sont vendus à toute vitesse. Le problème reste que sur place, il n'y a rien pour accueillir autant de gens sur une longue période. Chacun contacte donc au préalable les centres de volontaires, pour savoir quels sont les besoins.

Il reste encore beaucoup de disparus, et on retrouve des cadavres encore aujourd'hui. L'armée américaine et la défense japonaise font même des recherches en mer, mais il reste 11 601 personnes disparues. Aux infos, on parle de 14 435 morts, mais les chiffres ne sont même plus importants. Ce qui reste, ce sont des familles, des amis, des collègues de travail... Le séisme s'est produit si soudainement, personne ne s'y attendait, beaucoup de gens ont perdu des proches sans y avoir été préparés. Il y a de nombreux psychologues qui s'occupent des survivants, mais je ne suis pas sûre qu'ils arriveront à s'en remettre. Le Premier ministre Kan dit qu'il tiendra le moral du pays jusqu'au bout, mais quand est-ce que ce sera fini ? Qui peut le dire ? Je pense qu'on ne peut jamais complètement tourné la page, parce qu'il nous reste les souvenirs. Bien sûr, on sait qu'on doit continuer à vivre, mais c'est un sentiment très lourd à porter. Ressentir est bien différent de comprendre...


-D'un point de vue très concret, quelle est la situation aujourd'hui au quotidien ? Qu'en est-il de l'électricité, de la nourriture, du poisson (on sait que pour les Japonais, le poisson compose 50% des repas). Y a t-il des tensions parmi tes concitoyens ? Est-ce que la vie a repris son cours ?

Le séisme a eu lieu le vendredi, mais la plupart des gens sont allés travailler lundi, et j'en faisais partie. Nous avons essayé de reprendre une vie normale le plus vite possible. Dans les jours qui ont suivi, le trafic ferroviaire a repris, même si le nombre de trains a été réduit pour économiser l'électricité. Pendant un moment, les femmes portaient des baskets, plus de talons hauts, mais elles ont vite repris là aussi leurs habitudes ! Beaucoup de restaurants ont souffert du manque de monde, les gens n'osaient plus sortir, et puis il y avait des blackout intempestifs. Mais très vite, les gens se sont dits : "sortons dépenser notre argent et relancer l'économie!" Pendant 15 jours, on ne trouvait plus certaines choses, bouteilles d'eau, papier toilette, lait, tofu... Mais maintenant tout est redevenu normal.

Le mois dernier (avril), Tsukiji, le principal marché aux poissons de Tokyo, très connu des restaurants de sushi, était complètement désert, mais maintenant les gens y retournent faire leurs achats. Certains s'inquiètent toujours des possibles radiations, mais pour la plupart des Japonais, c'est impensable de vivre sans manger du poisson. En fait, pas mal de gens s'inquiètent de la nourriture. Certains évitent de consommer de la viande, des légumes qui viennent de la région de Fukushima et des préfectures proches comme Tochigi, Ibaragi et Chiba, mais d'autres au contraire, achètent ces produits pour soutenir l'économie locale. A Tokyo, un magasin spécialement dédié à ces produits a même ouvert, des restaurants s'y fournissent en saké. D'ailleurs, on voit beaucoup de panneaux "Aidons Fukushima" en ville.switch.jpg

Dans notre quartier, il y a beaucoup d'étrangers. Pendant un mois, nous les avons à peine vus. Aujourd'hui, beaucoup sont rentrés au Japon, et Tokyo a repris son rythme ordinaire. Mais il y a des tensions dans l'opinion. Chaque semaine, il y a des manifestations. Je n'avais jamais vu autant de Japonais se rassembler et se battre pour la même chose. Il y a également eu un mouvement pour abaisser le niveau limite d'exposition aux radiations à Fukushima, en particulier pour les écoliers. Ce mouvement a récolté 30 000 signatures dans 60 pays différents, c'était incroyable.

Le gouverneur de Tokyo a dit que le séisme était une punition divine. Moi, je ne veux pas voir les choses ainsi, même si je pense que c'est bien un avertissement de la nature, et l'occasion pour nous de changer de style de vie.

 

-Fukushima a été classé "accident grave", aussi grave que Tchernobyl. Comment les médias japonais traitent-ils de la situation ? Penses-tu que les autorités disent la vérité aux Japonais ? S'informent-ils à ce sujet, pour trouver d'autres sources ?

Les médias japonais ne sont pas très tenaces, c'est le moins qu'on puisse dire. On dirait qu'ils jouent au baseball avec TEPCO ou les politiques. Je ne pense pas qu'ils nous mentent, mais ils ne nous disent pas tout. Heureusement, grâce à Internet, nous avons davantage de moyens d'accéder à l'information, mais bien sûr, il faut vérifier qu'elle soit valable.

 

-On dit que les Japonais ont leur façon à eux d'affronter de tels événements, un regard assez fataliste, accceptant les choses. Est-ce vrai, ou est-ce que la foi, la patience tendent à diminuer au fil du temps ? Pour ceux qui ont tout perdu, ce doit être très très dur, et on dit dans nos médias occidentaux que le gouvernement japonais ne fait pas grand chose pour eux, pour l'instant... Quelles sont tes impressions à ce sujet ?

Au cours de sa longue histoire, le Japon a souffert de nombreuses catastrophes naturelles : des séismes, des tsunamis, des typhons, des éruptions volcaniques... Nous savons que la nature peut être terrifiante. Ce séisme a été le pire jamais vu. Mais nous devons accepter cette réalité, et avancer.

Et puis, les Japonais ont cette idée d'une destinée commune. Les gens ne cherchent pas à se causer du tort. Dans la région de Tohoku, qui a été dévastée, cette "culture" a profondément marqué les gens, encore aujourd'hui. J'ai entendu qu'une vieille dame avait été secourue 3 jours après le séisme, et la première chose qu'elle a dit aux secouristes, c'était "désolée de vous causer autant d'embarras"... au lieu de "merci" !

Je suis assez étonnée par la patience des gens dans les zones sinistrées. Encore aujourd'hui, ils mangent peu et ils ont du mal à avoir de la nourriture. Dans certains endroits, c'est impossible de se laver tous les jours. Il y a des milliers de personnes qui dorment à même le sol des centres d'évacuation depuis 2 mois. Et pourtant, les gens se réconfortent et s'aident. C'est vraiment digne de respect. D'habitude, les Japonais sont fiers de leur pays au moment des JO ou de la coupe du monde de foot. Mais aujourd'hui nous avons réalisé à quel point le Japon pouvait être un beau pays, et beaucoup sont fiers d'être nés dans ce pays. C'est un sentiment très rare chez les Japonais depuis la Seconde guerre mondiale.

 

- Quel est ton ressenti par rapport à tout ça ?

peach.jpgPrès de deux mois sont passés depuis la catastrophe, mais je n'arrive pas à penser à autre chose. J'y pense tout le temps, et même des choses insignifiantes me font pleurer. Pourtant, ce que le tsunami et le séisme nous ont laissés, ce ne sont pas que des choses négatives. Nous avons à nouveau pris conscience de la valeur de la vie, de l'amour et de la famille. Cette expérience nous a montré à quel point c'était important de s'aider les uns les autres, quel était le pouvoir des gens, et le fait que nous n'étions pas seuls. Beaucoup de pays et de gens nous ont aidés, y compris des pays comme l'Afghanistan ou le Cambodge, alors qu'ils ont eux-mêmes d'immenses difficultés à gérer. Ces pays-là nous ont pourtant envoyé de l'argent. Quand on sait ce que ça représente pour eux, nous ne pourrons jamais assez les remercier d'être aussi bons pour nous. Je pense que nous n'oublierons jamais.

Personnellement, toute cette catastrophe m'a vraiment fait davantage penser à la nature. On dit que dans 40, 50 ans, il n'y aura plus de pétrole. Pour conserver notre style de vie, doit-on nécessairement opter pour l'énergie nucléaire ? Je pensais que c'était sûr. On n'a bien vu que rien n'était jamais sûr à 100%. Je ne pense pas qu'il soit trop tard pour réfléchir et trouver d'autres solutions plus sûres, pour nous-mêmes et pour les générations suivantes.

 

 

vendredi, 18 mars 2011

Séisme au Japon : réflexions sur un monde fantastique

h-4-2438514-1300441288.jpgEn Enfer, on essaie de rester calme. A la surface, on panique. C'est un peu ce qui est en train de se passer actuellement, quand on regarde la façon dont les médias internationaux traitent la situation au Japon, en comparaison avec les médias nippons. Ceux qui auraient le plus de raison de trembler affichent un calme et une cohésion qui, vus de loin, forcent l'admiration. Mais notre manie de tout ramener à nous-mêmes et notre égocentrisme nous feraient presque occulter les problèmes humains pour une relance du débat sur le nucléaire qui, s'il est utile (surtout au vu des conséquences d'une catastrophe comme celle de Fukushima), paraît tout de même encore secondaire.

Mais en France, on n'a pas peur d'être ridicule. La preuve : hier soir, France 2 diffusait une émission spéciale d'Envoyé Spécial, consacrée à la situation au Japon. Terrifiant, le rappel du sacrifice des liquidateurs de Tchernobyl il y a 25 ans. Edifiant, le témoignage de Japonais ,et de Français expatriés qui décidaient de rester avec leurs familles, dans leurs villes sinistrées, pour aider, soutenir. Lamentable, celui d'un jeune Français qui courait à toutes jambes chez lui pour faire ses valoches et foutre le camp, copine japonaise sous le bras, à Osaka. Et devant les caméras en plus ! (cela a t-il été un peu mis en scène pour les besoins du reportage... J'avoue m'être posée la question 2 minutes après l'image, connaissant un peu la profession...)

Un lien direct vers le reportage d'Envoyé Spécial en question

Le Post.fr diffusait aujourd'hui le témoignage d'un Français vivant à Tokyo, et bien décidé, lui, à ne pas décamper. Il livre ce point de vue  sur les expats français qui fait regarder ses chaussures : "Les japonais travaillant avec moi sont totalement choqués d’un abandon par des français fuyant le Japon par tous les moyens, comme des rats quittant le navire. La télévision japonaise ne se prive pas d’expliquer à l’ensemble des Japonais qui vivent dans une situation pénible toute l’organisation mise en place par le gouvernement français pour faire partir les Français du Japon. Les Japonais sont polis et ne disent rien, mais ils n’oublieront certainement pas cet abandon médiatisé et je pense que nos sociétés françaises auront du mal à réacquerrir une confiance nécessaire dans les relations professionnelles ici."

A méditer... Tristement.

Il faut bien avouer une chose horrible : si le risque nucléaire ne s'était pas invité au bal, il est probable que le tsunami au Japon aurait été aussi vite oublié que celui de Nouvelle-Zélande, celui de Turquie, celui d'Haïti. Parce que bon, le Japon, c'est loin de nous. Mais là, tout d'un coup, tout le monde se sent concerné, tout le monde tremble, tout le monde prie pour que le refroidissement marche. Et on se souvient, ou on le découvre, que les liquidateurs de Tchernobyl ont évité, par leur sacrifice horrible, que l'Europe devienne une terre lunaire, inhabitable. Pourtant, aujourd'hui, tout le monde s'en fout, et ignore que si l'on peut partir au ski, inviter Camilla à dîner ce soir et claquer son salaire en fringues, c'est grâce à ces mecs-là. En en prendre conscience fait le même effet que chez Sartre : on a la nausée.

Que La Route de McCarthy ne soit pas de l'anticipation, mais le présent : aujourd'hui, c'est ce que tout le monde craint. C'est aussi peut-être pour ça que nos médias flippent plus que les Japonais. Eux qui, façonnés par une culture bouddhiste qui fait accepter les choses comme elles sont, se disent instinctivement que paniquer ne changera rien aux cours des choses.

Questions en vrac

La question que je me pose depuis une semaine est la suivante : a t-on envie de vivre avec une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête ? Peut-on, surtout, vivre comme ça encore longtemps sans être rattrapé par notre inconséquence? Certains diront qu'après tout, une bonne explosion nucléaire pour faire un grand nettoyage par le vide ne serait pas un mal, tant l'humanité est pourrie. D'autres diront qu'il ne faut pas être si pessimiste, et qu'on arrivera bien à instaurer la paix dans le monde, à vivre dans une belle harmonie-cui-cui-les-p'titszoiseaux.

Et quand on assiste avec amertume et horreur à TOUT ce qui se passe, sans savoir quoi faire, sans plus savoir quoi penser, on se situe où ? Dans la case des crétins angéliques, ou celles des anarchistes extrêmistes (je pense toujours au Russe dans Germinal qui dit "il faudrait tout faire sauter. Quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être pourra t-on en bâtir un autre..."), tous plus illuminés les uns que les autres ?

J'ai pas la réponse. Mais j'adore la présence d'esprit du prince héritier du Japon, news balancée à 12h et quelques aujourd'hui : il ne se rendra pas au mariage du prince William en avril prochain. Son peuple, son pays vivent l'Apocalypse, mais lui prend soin d'annoncer à la communauté internationale qu'il raye de son agenda cet événement d'une futilité injurieuse face à une telle catastrophe. Rendez-vous compte : en la situation actuelle, il ne pouvait pas manquer de nous informer de cette décision capitale. Il a pensé à ça.

(Parenthèse, mais autre exemple, et de taille ! Apple ose penser que la sortie de l'iPad 2 est mise à mal par le séisme au Japon... car plusieurs composants sont fabriqués là-bas ! Lire l'article C'est à ne pas croire, et pourtant on peut le lire. Ce n'est pas un hoax. Pas de précieux iPad 2  un an même pas après la sortie du premier... si ce n'est pas un beau Polaroid d'une société en pleine décadence... Certains, là aussi, pensent à ça.)

Tout de suite, ça resitue les choses : si par miracle il n'y a pas de conséquences atroces à Fukushima (explosion par exemple), on y enverra quelques kamikazes, qui sait (les Japonais connaissent bien ça), pour colmater, on continuera à construire des centrales nucléaires en zone sismique, et le monde continuera de tourner. Et pourra s'occuper en bonne et due forme de Khadafi.

Finalement, c'est peut-être ça notre punition pour un quelconque péché originel : vivre dans un monde où la légèreté la plus insoutenable l'emportera toujours sur l'horreur la plus profonde (et les réflexions qui pourraient en découler). "Légèreté" pouvant être aussi synonyme d' "inconséquence"...

(crédit photo : Reuters)

 

 

mercredi, 16 mars 2011

Lady Gaga va sauver le Japon

Avant, c'était Bruce Willis qui sauvait le monde de l'Apocalypse, à l'écran. Aujourd'hui, c'est dans le monde réel, et c'est Lady Gaga qui joue les sauveuses. Cette fois, elle va sauver le Japon. Elle a cette prétention. Car Lady Gaga n'est pas humaine. C'est une envoyée de Dieu.

Hier soir, j'ai reçu ça par mail :

 

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Déjà, je ne pensais pas que l'achat d'un tshirt des Guns me prédisposerait à recevoir ce genre de trucs... Mieux que l'archange Gabriel pour faire passer des messages divins.

Au secours.

Où s'arrêtera le marketing à outrance ? OK, on sait que la lady se pique de jouer les dames patronnesses, qu'elle porte une robe en viande pour pousser au végétarisme, qu'elle écrit des chansons pour soutenir la cause gay... et, donc, qu'elle invite « tous ses petits monstres » (et les autres hein, pourquoi pas), à prier pour le Japon en claquant du fric pour un bracelet. Et, au passage, à s'extasier sur sa grandeur d'âme. De Mère Teresa, on est passé à Mother Monster...

Stratégique : dans 2 mois, lady Gaga sort son nouvel album. Ses singles font déjà un carton, mais sait-on jamais, rajouter une petite louche entre temps pour ne pas se faire oublier, ça ne mange pas de pain. Mais il y a des limites.

Ooh, certes, on précise avec force que tous les dons iront à l'aide sur place au Japon, et non dans la poche de la chanteuse ou d'Univers Sale. On peut y croire, le problème n'est même pas là. Il est dans l'invasion constante de la publicité, et l'aspect abject de la chose, c'est qu'elle n'a aucun scrupule à se servir de tout, même d'une catastrophe pour arriver à ses fins (soutenir son artiste et faire vendre davantage).

Franchement : une pop-star déjà richissime comme lady Gaga ne peut-elle pas tout simplement « faire la charité » discrètement, sans avoir besoin de parasiter les boîtes mail de ses fans (et éventuels sympathisants) ? Bien sûr qu'elle le peut. Mais c'est tellement plus « in », tellement plus « happening », tellement mieux pour faire parler de soi, de balancer une petite lettre...

Ca m'écoeure qu'on se serve de trucs pareils pour me pousser à aller sur iTunes. Ca me fait chier qu'un artiste me sollicite. D'ailleurs, en général, ça me fait chier qu'on vienne me tirer par la manche. Merde : on ne peut pas laisser chacun exprimer son libre arbitre dans ce genre d'événements? Si l'un d'entre nous a envie de prendre le premier avion pour affronter les radiations et l'Enfer sur terre pour aider les secours, pourquoi pas. Si d'autres ont envie de vider leur compte en banque pour soutenir des ONG, qu'ils le fassent ! Et si on veut se contenter de prier sans payer, on a encore le droit de le faire aussi, sans avoir une armée de vampires aux fesses.

Tiens, bah elle a qu'à faire ça, Lady Gaga. Mettre les mains dans le camboui. Sûr que son auréole de sainteté la protègera du nuage nucléaire.

P.S : déjà que son dernier clip atteignait des sommets de mégalomanie archi flippante, bientôt, on se foutra de la gueule de Lady Gaga à la manière de Chuck Norris...

 

 

lundi, 28 février 2011

Oscarnaque

Natalie Portman est la preuve qu'on peut jouer dans un navet et s'en tirer avec un Oscar. Quand Aronofsky nous avait laissé pantelants avec The Wrestler, récit touchant d'une rédemption ratée, on ne peut que demander la direction des toilettes devant Black Swan, thriller sirupeux à souhait, bon à émoustiller les amatrices de Twilight. Avec ces "trucs" cinématographiques resucés (filmer les acteurs de dos, métaphore de l'inconscient et côté documentaire; la chute magistrale du héros en clôture, sublime dans l'opus de 2008, passable dans celui de 2010), Black Swan est un peu le double inversé de The Wrestler, avec 4 kilos de sucre en plus. 

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Que veux-tu Mickey... T'es pas assez mainstream.

Avec ces lourdeurs, ces clichés, ces chaussons qui se prennent dans le tapis rouge, non vraiment, sur ce coup-là, impossible de le suivre. Le milieu de la danse méritait mieux.

Monstres et compagnie

Et c'est pourtant cette guimauve qui vaut à Portman son Oscar de meilleure actrice. Facile : on s'entraîne 5h par jour pendant 6 mois/1 an, et la majorité de la profession cinématographique s'extasie. Peu importe si pendant les 2h du film, vous trimbalez une mine de chatte mi-pleurnicharde mi-frigide sans variation aucune.

Autre option : une beauté qui se grime en pocheté (exemple au pif : Charlize Theron dans Monster). On appelle ça des rôles à Oscars, des rôles de "composition". Ca émeut, ça bouleverse, ça fait chouiner, c'est à contre-emploi pour l'acteur, c'est consensuel, l'actrice est jolie (Mickey Rourke, qui avait pourtant payé de sa personne, l'était moins), bref, c'est idéal. Les palmarès des Oscars regorgent de ces lauréats, souvent récompensés pour un film qui n'est pas toujours leur meilleur. Dans le cas Natalie Portman, il aurait presque fallu la récompenser pour Léon, ou même V pour Vendetta (après tout, elle y perdait ses cheveux).

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Oscar de la meilleure actrice ou du meilleur maquilleur?

Mais Black Swan est parfait puisqu'il donne à la fois au public et à la profession l'impression de plébisciter un film presque underground, avec peu de budget, intello (milieu artistique new-yorkais + danse classique + prise de tête = minute culture des masses populaires). Si en plus l'actrice a fait un effort surhumain (que je ferai volontiers pour le bénéfice qu'on en tire, et même 15h par jour s'il fallait), c'est encore mieux.

Et on s'étonne de la consensualité des films récompensés ? Mais messieurs-dames, c'est le reflet d'une époque voyons ! On ne veut pas de trucs qui dérangent. Alors, the Social Network, non pétri de bons sentiments, out. Le discours d'un roi, in.

Fut un temps, Hollywood récompensait des fresques, des acteurs qui faisaient pleurer, des beautés éternelles, des réalisateurs qui avaient des couilles. Et aussi, c'est vrai, des autistes (Dustin Hoffman dans Rain Man), des mafieux, même des morts (Heath Ledger). Mais malheureusement, aussi, toujours autant d'escroqueries intellectuelles (Marion Cotillard étant un précédent notable). Quand on arrive à lire que Black Swan est "excellemment dérangeant" (sur Rue89), c'est à se demander ce qui travaille la conscience populaire. Mais sans doute qu'aux Etats-Unis, la masturbation, le sexe et le sang restent toujours aussi tabous.

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Une fausse scène lesbienne (qui a dégoûté l'actrice oscarisée), et on crie au génie et au trash. Bigre.

 

A l'Ouest, vraiment rien de nouveau...

P.S : mille excuses, public chéri, pour ma longue absence, dûe au développement d'autres projets artistiques. Je tâcherai d'être plus souvent en colère ou énervée pour trouver plus d'inspiration.

 

dimanche, 28 novembre 2010

Les Etats-Unis flingués par un site Internet

 

_44456771_leaks-wikileaks203.jpgLe motto de Wikileaks ? « We open governments ». Au scalpel alors !

250 000 documents confidentiels balancés sur la Toile, pour la diplomatie d’un pays, ça pique. Quand on apprend que les Américains en savent plus sur les secrets de la politique allemande que les politiciens allemands eux-mêmes, ça surprend. Quant à ce que les diplomates américains rapportent de la diplomatie arabe sur l’Iran (plus ou moins assimilé à une pieuvre, un serpent dont il faut couper la tête)…  On imagine qu’à Washington, on est en train de se dire « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »

En tout cas, internationalement, silence radio. Il faut dire qu’il y a de quoi être pétrifié. Ce n’est pas tous les jours que votre principal allié se fait torpiller.

A Wikileaks par contre, on doit commencer à se chercher de bonnes assurances-vie… M’est avis qu’au Pentagone, on trouve que la plaisanterie a assez duré.  Car si ces divulgations ne changeront pas la face du monde (encore que… c’est à débattre), les quelques observateurs politiques qui ont déjà commenté l’événement affirment déjà que les Etats-Unis « ne sortiront pas indemnes d’une telle opération ». Pour Jean-Dominique Merchet, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, spécialiste des questions de défense et interviewé par Owni.fr (partenaire de Wikileaks), « les diplomates du monde entier vont être réticents à partager des informations avec le pays, redoutant de les voir sur Internet dans les six mois qui suivent. Une chose est sûre : Wikileaks affaiblit les Etats-Unis politiquement. »

L’anarchie 2.0

C’est peut-être un événement, une première historique : un simple site Internet fait trembler l’une des puissances stratégiques mondiales. Impensable il y a 10 ans.  Plus que le fait d’un seul type qui a balancé des milliers de documents, c’est bien Internet lui-même le responsable. Plus de frontières, plus de secrets : après tout, après les potins des stars, pourquoi pas les secrets-défense ? Mais qui accuser alors ? Il y aurait certes ce soldat de 23 ans, qui a tout balancé à Wikileaks « en téléchargeant les documents tout en écoutant du Lady Gaga », qu’on aurait un peu envie de claquer, et qui surtout, paraît trop con pour être vrai. Là non plus, on ne nous dit pas tout. Un petit pilotage obscur ? Le vrai problème pour les diplomates, c’est qu’avec Internet, il n’y a même plus d’ennemi à abattre.

Malin, Wikileaks n’est évidemment pas hébergé aux Etats-Unis. Depuis août 2010, le parti Pirate suédois a offert de les héberger gracieusement. Ce parti anarchiste prône «  un Internet libre, sans aucune licence, dans une société ouverte. La liberté de communication est l'une des bases des droits de l'homme et fait partie de la Convention européenne des droits de l'homme. Les nouvelles technologies sont quelque chose de fantastique que nous devons encourager, et non entraver en mettant en prison les gens qui fournissent des infrastructures. Les politiciens ne pourront jamais mettre un terme à l'échange de fichiers mais ils peuvent causer des dommages à Internet et aux gens qui œuvrent pour le développer. » Ces mêmes pirates ont été par exemple à l’œuvre avec Pirate Bay pour le téléchargement.

Wikileaks bénéficie de cryptages à la pointe pour assurer la confidentialité de ses sources, et à terme, espère devenir l’organe d’information le plus puissant au monde. Fantasme ou début de réalité depuis le 28 novembre à 17h ?

Sauf que… Quelles conséquences cela peut-il avoir, pour les Etats cités dans ces 250 000 télégrammes, de savoir ce que les uns et les autres pensent de chacun, et surtout, que le monde entier le sache ! Si le fondement de la diplomatie est d’être secrète, quid de la disparition du secret ? Quelles seront les implications politiques et diplomatiques à court et moyen terme ? Voir sur un même front commun contre l’Iran Israël (évidemment), mais aussi l’Arabie Saoudite, les Emirats, la Jordanie, l’Egypte… à peu près la totalité du Moyen-Orient liguée contre le grand Sauron, cela dessinerait-il à gros traits une future coalition ? Brrr…

Entre autres réjouissances pour l'avenir, on apprend tout de même que l'Iran a acquis des missiles auprès de la Corée du Nord, qui pourraient attendre l'Europe de l'Ouest, et que les Etats-Unis ne savent strictement rien de l'Iran, où ils n'ont aucun informateur fiable.

Une chose est sûre : les Etats-Unis vont très vite se sentir bien seuls. Leur siècle de domination s’est bel et bien achevé un 11 septembre 2001…

 

 
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