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samedi, 27 mars 2010

Malice au pays des merveilles

johnny.jpgQue pouvait-on attendre d'un film estampillé Disney ? Pas grand chose c'est vrai, en tout cas pas la subversion, l'absurde, la folie et l'ambiguïté malsaine que la plus célèbre version d'Alice au pays des merveilles (pourtant de Disney), datant des années 50, faisaient jaillir en 50 minutes chrono.

Pourtant, on avait pensé à coller Tim Burton à la tâche. On y croyait donc. On se prenait à rêver, comme Alice, d'un pur délire qui aurait fait de sa dernière réalisation un chef d'oeuvre baroque de folie, de réflexion sur l'inconscient et de poésie pures.

Le constat est amer : la machine Disney n'est pas là pour faire dans la subversion, mais au contraire pour stériliser les talents et endormir les esprits dans une langueur sucraillée. Y compris ceux de Burton, sagement rentré dans le rang. A croire qu'avec Alice, il a payé sa dette envers ses anciens employeurs qui l'avaient viré quelques années plus tôt, incapables qu'ils étaient de comprendre le Fou génial.

alice.jpg

En payant 12,30 euros pour aller voir Alice au pays des merveilles en 3D, outre la désagréable sensation de me faire e... (et sans tendresse, en plus), j'ai eu l'impression de voir Shrek 4 en avant avant-première. Il y a certes un scénario, au combien indigeste par sa lourdeur : les gentils amis d'Alice contre les vilains ennemis que sont la Reine de Coeur (l'un des rares personnages qui a échappé à la dénaturation) et son valet. De gentils amis ? Depuis quand Alice en a ?!  Le dandy Dodo n'est plus que l'ombre de lui-même, le Lapin n'est plus râleur et est devenu pelucheux, le loir n'a plus peur du mot « chat »... Alice, qui était l'intruse, l'étrangère, « l'autre » dont on se méfie parce qu'on ne la connaît pas, et qui tout le long de son rêve se faisait maltraiter par les créatures qu'elle rencontrait, ne se balade plus au pays des merveilles, mais au pays des bisounours.

Le blasphème atteint son comble avec la plus maléfique des créatures de l'ancien Alice, le chat du Cheshire, aussi fourbe et traître que son comportement ambigu le lui permettait dans l'ancienne version, devenu une sorte de Chat potté rondouillard et gentillet, qui aimerait bien piquer son haut de forme au Chapelier, mais qui... bon... lui rend finalement à la fin du film. Insulte suprême à la nature même des personnages originaux !

On peut porter au crédit de Burton des décors et une photographie magnifiques (son obsession des arbres torturés et des lumières mordorées s'en donne ici à coeur joie), et un rôle sur mesure offert à Johnny Depp, qui fait ce qu'il peut pour sauver le film, bien qu'il soit gratifié d'une pathétique danse finale qui ferait pleurer de rire les pires imitateurs de Michael Jackson.

Alors oui, on nous rappellera que le film est fait pour des enfants. L'ancien Alice aussi l'était. Et il distillait une toute autre atmosphère. La morale de cette version-ci est abjecte et presque criminelle : alors qu'on rêverait qu'Alice reste au pays des merveilles, où elle pourrait forniquer à loisir avec un Chapelier fou (qui ne rêve que de ça lui aussi, seul élément un peu subversif du film trop peu exploité), la sage Alice de 19 ans préfère retourner dans la réalité, et vivre une grande aventure autour du globe. Enfin en clair, s'associer avec l'ami de son père et aller au turbin.

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J'étais à deux doigts de m'excuser pour aller vomir. Avec ce film pour enfants, on peut être sûr que la créativité ne poussera pas dans l'esprit de nos chères têtes blondes, qu'on aura pris soin de mettre dans le droit chemin.

Le message de Disney est clair : contre votre argent, on vous offrira 2h de rêve, mais évidemment, dès que les lumières se rallumeront, il vous faudra bien retourner à votre vie merdique de labeur et d'esclavage. Jusqu'au prochain rêve que nous vous offrirons.

Et bien, pour ma part, ils peuvent se le carrer bien profond. Et vous leur direz que je serai en retard.

 

lundi, 21 décembre 2009

Avatar : film cul-cul ou film cu-culte ?

Trois jours, 230 millions de dollars. Attendre 12 ans pour casser la baraque de la sorte, c’est peu dire que ça valait le coup d’attendre. Mais quand on a suscité le « tsunami Titanic », comment revenir avec un film normal ? Il fallait bien quelque chose de neuf, qui sorte à nouveau de l’ordinaire, qui repousse les limites du possible plus encore que de celles de l’imagination. 
Globalement, les critiques n’éreintent pas le film, ce qui pourrait être attendu avec un tel blockbuster au marketing rodé. Cependant, partout (ou presque), une même baseline  : « Les effets spéciaux sont stupéfiants, mais l’histoire est nulle ». 
M’est avis que l’on peut aller un peu plus loin que ça, si l’on veut bien s’en donner la peine. Un peu d’analyse m’sieurs-dames. En trois points, pour faire vite.

1/ Le scénario est « cul-cul la praline ».

Déjà, pitié, jetez cette expression aux orties, elle est elle-même insupportablement niaise et... cul-cul.
Alors, grand dilemme : est-ce que l’histoire concotée par James Cameron dessert sa prouesse technique ou s’y ajuste bien ? Reprenons la bande-annonce :

Coincé entre son devoir de soldat pour un colonel aux allures de Philippe Lucas militarisé, et son amour pour une princesse na’vi, notre héros devra choisir entre le soutien au peuple de son cœur ou à celui de son sang, mais qui n’a plus rien d’humain.

Pourquoi l’histoire est-elle souvent vue comme cul-cul ? Parce que le héros tombe, comme de juste, amoureux. Parce qu’il veut défendre, comme de juste, le monde qu’il était venu détruire.

jake and neytiri.jpg

Alors, allons au delà : et si l’on voyait dans ce désir de sauver ce « Nouveau Monde » et d’y appartenir, la volonté de quitter une humanité qui dégoûte ? De plus en plus de films ont récemment mis en avant deux choses : écroulement apocalyptique de l’humanité (2012), volonté de ne plus appartenir au monde des humains, fut-ce par amour (Twilight). Comme si être humain n’était plus si drôle. L’histoire de Cameron prend tout de suite une autre dimension sous cet angle-là.

cry.pngCar ce n’est pas un film optimiste qu’Avatar. Entre les attaques aériennes à coup de lance-flammes, la chute de la maison-totem des Na’vi, comment ne pas reconnaître les souvenirs lancinants du Vietnam et l’effroi du 11 septembre ? Dans cet esprit de conquête destructeur, comment ne pas voir l’épineux souvenir du génocide amérindien ? Dans l’avancée des bulldozers qui détruisent la forêt, ses habitants et les âmes des morts, comment ne pas penser au film de John Boorman La forêt d’Emeraude ?

Toute l’histoire d’Avatar, loin d’être « cul-cul », tend au contraire vers une sombre réflexion : devant la découverte d’autres mondes et d’autres possibles, après avoir détruit les nôtres, resterons-nous aussi bêtes et cruels que par le passé ou choisirons-nous de changer, voire de renaître ? La fin du film propose une solution…

2/ Le film est fait à 60% d'effets spéciaux, ce n’est donc pas intéressant.

Certes. Mais la prouesse technique est là : on ne voit pas la limite entre virtuel et réel, et l’on pourrait croire aisément que James Cameron a pris un vol pour Pandora avec sa Betacam sur le dos, et que ce que nous voyons à l’écran, c’est ce qu’il a enregistré en live sur bande.Jake.jpg Pendant 2h40, trop courtes, on voyage sur Pandora et le fait est qu’on s’y sent bien. De la même façon que John Smith arrive sur les terres de Pocahontas (Le Nouveau Monde de Terence Malick), Jake Sully et le spectateur retrouvent la terre originelle, y sont envoûtés et ne veulent pas la quitter. Ces habitants sont plus vrais que nature, expressifs et émouvants. Incroyables aussi le « morphing » na’vi des acteurs vers leurs avatars : Sigourney Weaver porte très bien la peau bleue !

Ces créatures extraordinaires, ces plantes qui gardent les âmes des morts, cet animisme ambiant où l’on s’excuse auprès des animaux pour la mort qu’on leur inflige, dressent le tableau d’une humanité trop pure pour être vraie, et qu’il faut aller chercher sur d’autres planètes. La forme rejoint donc le fond : il ne fait vraiment plus bon vivre sur notre vieille Terre gâchée et gaspillée.

Je passe rapidement sur la nouveauté : la 3D. Au début, on est très surpris, émerveillé et on a 5 ans. Très vite, on s’habitue. Voilà pour la technologie nouvelle dont tout le monde parle depuis des mois et qu’on attend au coin du bois. C’est plié en 10 minutes et l’on peut alors s’attacher à l’histoire et au monde présenté sous nos yeux.

3/ Le message écologique est passé de façon lourdingue, c’est du Cameron, il ne faut pas s’attendre à de la délicatesse.

paint.jpgParce que ce nouveau monde est détruit à coups d’armes surpuissantes et de bulldozers, on se sent obligé d’y voir le manque de finesse du réalisateur. Néanmoins, vous en avez vu beaucoup vous, des génocides qui se font dans la dentelle ? Le héros paralysé (victime, donc, du caractère belliqueux de sa race) de Cameron le dit : « Leur mère (la Terre), ils l’ont tuée, et ils veulent faire de même ici pour survivre ». Faire simple quand on peut faire compliqué, à grands renforts de conférences internationales qui accouchent d’une souris, ça fait rire un temps, mais c’est bien le job de l’art de remettre les choses à leur place. Non ?

Pour finir, je dois dire que James Cameron ne m’a pas déçue sur l’un des points récurrents de son œuvre : les femmes fortes. De Ripley à Sarah Connor en passant par Rose de Witt Bukater, les femmes chez Cameron ont toujours le beau rôle. Neytiri s’impose en digne héritière de cette lignée, sans oublier les Na’vi et leur société matriarcale.

Deux bémols : comme dans Titanic, les personnages ne sont parfois pas assez fouillés ni assez ambivalents. Les méchants sont bien méchants et sans possibilité de rachat, les gentils sont bien gentils et sans failles ou côté obscur. Enfin, 2h40 sur Pandora, ce n’est pas assez. 1h de plus, pliz. Car on aurait bien eu envie de marcher et de voler encore un peu avec les Nantang pas si méchants que ça, les Thanator qui se révèlent bien utiles et les Thoruk Macto aux allures de phénix.

love.jpg

En revanche, comme pour Titanic, Cameron vous prend par la main dès le début et ne vous lâche qu’après le clap de fin. Son pouvoir de narration reste intact. Si vous avez une sensibilité à fleur de peau, ce film vous obsédera pendant quelques jours après votre sortie de la salle. Si vous n’êtes sensible qu’à la nouveauté technique, vous aurez été témoin de ce qu’on peut sans doute considérer comme l’avenir du cinéma.

 
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