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jeudi, 18 février 2010

Elisabeth Badinter aurait-elle raison ?

Vu et revu en me pinçant au détour d'une page du Point de cette semaine, cette encart de pub du gouvernement nous informant du Grand Emprunt (avec des majuscules, pour faire plus soviétique ou maoïste, selon votre préférence) concernant la recherche, l'enseignement, la formation, le développement durable, l'économie numérique, etc.

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J'ai vu que d'autres blogs ont hurlé avec le PS et Benoît Hamon, sur le mensonge contenu dans cette publicité en ce qui concerne le dit Grand Emprunt, pas si grand que ça à ce qu'il paraît. Là n'est pas mon propos. Ce qui m'a choquée, c'est bien la vision de cette Marianne enceinte, de blanc vêtue, qui ne montre pas ses seins comme sur le tableau de Delacroix, et qui donc ne symbolise plus la liberté suprême (par extension, de la femme), mais bien une glorification de la fonction première de la femme : l'enfantement. Car moi je lis bien : femmes, investissez dans votre avenir, faites des enfants.

Avec son air de Sainte Blandine martyre, elle n'a pas l'air bien dangereuse me direz-vous, cette Marianne aux allures de Schtroumpfette. C'est justement ça qui achève de m'exaspérer. Si l'on ne voit pas dans cette personnification de la France en femme enceinte (donc produisant de futurs bons Français, de souche bien sûr), regardant vers l'horizon, un puant relent de l'imagerie pétainiste, c'est à se demander si l'entreprise de lobotomisation et de propagande de l'UMP n'a pas atteint son but.

A croire que c'est un fait exprès si le livre d'Elisabeth Badinter Le conflit la femme et la mère est sorti la semaine dernière. Précisément. Mme Badinter s'insurge avec véhémence contre ce qu'elle nomme le retour en force du naturalisme (qui se donne comme argument principal, pour justifier que les femmes abandonnent l'idée d'égalité pour retourner faire des enfants, le discutable concept d'instinct maternel) et la culpabilité des femmes qui font le choix de ne pas avoir d'enfants, ou de laisser planer le doute sur leur envie. A croire en effet, que l'époque n'est plus aux autodafés de soutifs et à l'envie de se démerder seule, même s'il est vrai que l'époque est moins riante et pleine d'espérance qu'en 1970.

Au passage, je n'ai qu'à peine commencé le livre, mais je le trouve déjà riche d'enseignements ou d'arguments nourrissant une pensée pas si solitaire. Et Eric Zemmour peut bien descendre le bouquin en flammes. A vrai dire, on n'en attendait pas moins de lui.

Je suis bien convaincue qu'il se trouvera de nombreuses personnes, et sans doute parmi elles des femmes, pour trouver cette affiche de toute beauté. Et c'est bien ça qui m'inquiète.

Ah, il est loin ce temps-là (!) :

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Elle voudrait pas investir durablement dans son avenir de cette façon-là, la France ?

 

jeudi, 21 août 2008

"Choses vues dans la Géorgie en guerre", reportage signé...BHL.

1128743645.jpg"Choses vues dans la Géorgie en guerre",  un reportage signé Bernard-Henri Lévy, philosophe de son état (enfin, c'est ainsi qu'il se présente) qui joue au journaliste.

2800 mots livrés sur une double page du Monde (Marianne ne manque pas de faire remarquer qu'à chaque fois que BHL nous livre son dernier reportage, cela prend obligatoirement une double page, tant l'événement est d'importance).

Les commentaires fusent : "un bon petit soldat de l'Empire", "S'il le demande, je peux lui donner quelques cours afin de comprendre une toute petite partie de ce que représente le Caucase en relations internationales. Avec tout mon respect."

"Perdu dans les méandres de l'auto-fiction, BHL se regarde écrire", signé JiJi.

Dès qu'un conflit se déclare dans le monde, on peut être sûr que BHL s'y rendra. On a eu BHL à Kaboul, à Pnom Penh, à Sarajevo (où il est aujourd'hui de notoriété publique qu'il ne joua pas les héros), à Karachi, et maintenant à Gori.

"Perdu dans les méandres de l'auto-fiction, BHL se regarde écrire" disait un internaute sur la page de commentaires. C'est exactement cela. Voulant sortir de sa retraite dorée germanopratine ou marocaine, BHL se paye un petit voyage dans le Caucase pour se donner l'impression d'exister en tant que regard sur un événement : "j'ai vu", "j'arrive aux faubourgs", "j'avance de quarante kilomètres"...Rapporte t-il des faits ou livre t-il son autobiographie ?

Grâce au précieux regard de BHL sur le conflit, on en apprend beaucoup : que les Russes sont "bouffis d'importance et de vodka", des "Cosaques" qui sèment la terreur "dans leur sillage, pillent, violent, assassinent". Les descriptions des lieux ne sont pas épargnées : Gori est "une ville géorgienne. Or ils l'ont brûlée. Pillée. Réduite à l'état de ville fantôme. Vidée." On croirait du Tolstoï. De leur propre aveu, rapporté par BHL, ils soutiennent le Hezbollah et le Hamas contre Israël. Voilà pour les méchants.27650841.2.jpg

Face aux méchants, un héros, bhlien s'entend : le président géorgien Saakashvili, qui écoute "le récit" du philosophe "dans sa résidence présidentielle d'Avlabari". "Jeune, très jeune, francophile et francophone, féru de philosophie, démocrate, européen". Saakashvili fait partie de ces héros-résistants "défendus" par BHL, de Massoud à Izetbegovic (président de la Bosnie-Herzégovine de 1990 à 1996 et philosophe). Et évidemment, il ne fait la guerre que pour se défendre (des méchants).

Dernière remarque piquante : dans son périple digne d'un William Wyler immortalisant les images du D-Day, BHL est accompagné de "la PME familiale", pour citer encore Marianne : Raphaël Glucksmann, fils de son père et rendu célèbre par un documentaire sur le Rwanda, souvent qualifié de naïf, et Gilles Hertzog, lui aussi de tous les "reportages".

La mémoire est souvent courte, mais il faut se souvenir que dans tous ces "reportages", BHL nous livre sa vision du monde, c'est-à-dire une vision en noir et blanc, les méchants contre les gentils, le Bien et le Mal, du manichéisme primaire où la complexité des relations internationales n'a pas de place.

Pourquoi ne s'est-il pas rendu en Birmanie cet hiver, pour rencontrer les bonzes qui manifestaient contre la junte, par exemple ?

Sans doute parce que BHL ne peut pas être partout.

 

  • Aide : "je ne comprends rien à ce conflit en Ossétie du Sud".

En gros, depuis le retour d'un pouvoir nationaliste à Tbilissi en 2004, l'Ossétie du Sud est un enjeu politique entre le président géorgien Mikheil Saakachvili qui souhaite la réintégration des régions sécessionnistes au sein du territoire de la Géorgie et les indépendantistes ossètes, majoritaires en Ossétie du Sud, qui souhaitent une indépendance complète.

Pour une chronologie détaillée du conflit en 2008, voici un lien précieux , agrémenté de nombreuses références et autres liens.

 
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