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mercredi, 25 février 2009

Vendre l'Humanité dimanche devient un délit ?

lounis_ibadioune.jpgIl s'appelle Lounis Ibadioune, il a 50 ans, il milite au Parti Communiste Français depuis 1981, et entre autres actions bénévoles, vend l'Humanité Dimanche sur le marché de son quartier. Beaucoup de militants font ça depuis que le journal existe, et cela n'a semble t-il, jamais posé de problèmes à personne.

Enfin, pratiquement personne. Le 4 février 2007, alors qu'il vend tranquillement son journal dans le quartier de la Goutte d'Or, dans le 18ème arrondissement de Paris, deux policiers l'interpellent. Et le verbalisent pour «offre ou exposition en vue de la vente de marchandises dans un lieu public sans autorisation». Lui collent une amende de 172 euros, que Lounis refusera de payer :"c'est une façon de criminaliser l'action militante,  l'engagement politique". Pour cela, il est passé au tribunal le 18 février dernier.

Depuis un an, ce petit fait divers, qui révèle un vrai malaise, fait grand bruit. Libération, qui lui a consacré son traditionnel portrait de dernière page, avait lancé une pétition en sa faveur. Ne parlons pas de l'Humanité, principal concerné. Des pétitions affluent de la France entière. Début février, le Conseil de Paris, «demandant au maire d’intervenir auprès du préfet de police afin de mettre un terme à ces interpellations», a voté à l’unanimité, élus UMP compris, un texte rappelant que «la vente de l’Humanité sur les marchés est une pratique tolérée depuis de très nombreuses années [qui] participe de la libre expression et de la vitalité démocratique».

Lui qui se définit comme «un titi parisien, laïc, républicain et progressiste», s’est longtemps totalement désintéressé de ses origines bien que portant un nom et un prénom arabes. Lounis dit n'avoir pas souffert du racisme dans sa vie. Qu'est-ce qui a pu motiver ces policiers à une verbalisation aussi injuste ? Un excès de zèle, selon le préfet de police de Paris...Un peu léger tout de même.

Mercredi 18 février donc, Lounis Ibadioune comparaissait au tribunal pour avoir refusé de payer ce PV abusif, devant une salle comble venue le soutenir. Son avocate, Nadège Magnon, a commencé par rappeler qu’«un journal n’est pas une marchandise mais une œuvre de l’esprit protégée par la Constitution […] et plus particulièrement par l’article 11 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789». Elle a pris soin d’en donner la lecture : «la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi».

Petit rappel historique au passage : "Même Jacques Chirac a reconnu avoir vendu L'Humanité Dimanche dans sa jeunesse". L'avocate a également souligné que sur la vente des journaux, la loi du 2 avril 1947 stipule que «toute entreprise de presse est libre d’assurer elle même la distribution de ses propres journaux et publications périodiques par les moyens qu’elle jugera les plus convenables à cet effet». Autrement dit, une vente à la criée sur un marché est tout à fait légale, et de plus, Lounis contribue, par son action militante, à 20 à 25% des ventes du journal, selon l'Humanité.

Trop d'arguments de bon sens face à un PV abusif ont mené le tribunal à prononcer la relaxe. Lounis Ibadouine n'a pas souhaité ajouter quelque chose : "mon avocate a déjà tout dit".

En plus :

Un petit lien vers le site de l'Huma et le comité de soutien à Lounis Ibadioune pendant un an, avec des messages de quelques personnalités.



 
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