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mardi, 17 février 2009

Sarkozy se fait remonter les bretelles par la Princesse de Clèves

7209329.jpgHourra ! Encore une preuve que la culture ne s'est pas avouée totalement vaincue par la connerie et le populisme !

Souvenez-vous : d'abord comme ministre de l'Intérieur, puis comme président, notre omnipotent Nicolas avait plus d'une fois fustigé ce roman  classique des écoles qu'est "La Princesse de Clèves", le premier roman d'analyse et un monument de la littérature du 17ème siècle. Presque réclamé que l'on ne l'enseigne plus à l'école (à ma connaissance, c'est le genre de roman que l'on n'aborde qu'à partir du lycée, au minimum, et je sais de quoi je parle), tellement il lui semble chiant.

Riposte hier après-midi devant le Panthéon de cette même Princesse de Clèves. En effet, profs, étudiants et acteurs de cinéma s'étaient réunis pour une lecture publique de cette oeuvre, tellement décriée publiquement justement, par notre cher président.

Devant les caméras et l'assistance nombreuse, l'ancien administrateur de la Comédie française Marcel Bozonnet a débuté cette «lecture-marathon».

«Tout le monde a le droit de lire La Princesse de Clèves. Parce que ça sert à nommer des sentiments, des sensations qu'on ne sait pas nommer», a-t-il ensuite justifié.

"Moi je n'ai pas mon bac, alors c'est avec beaucoup d'honneur que je me mets à lire devant vous, professeurs et étudiants, qui parfois aident à mettre un sens dans nos vies", a déclaré Louis Garrel, compagnon de l'actrice Valéria Bruni-Tedeschi -belle-soeur de Nicolas Sarkozy-, et acteur principal du film "La Belle personne", adaptation cinématographique du roman.

"Organiser cette lecture est une réaction aux propos de Nicolas Sarkozy" a expliqué Sophie Rabau, l'organisatrice de cette lecture et maître de conférence à l'université Paris III. Elle portait à la boutonnière une fleur jaune, couleur de la Princesse de Clèves. «C'est vrai que c'est un texte complexe mais cette complexité nous intéresse. Le rôle de l'université, c'est d'ouvrir à la culture. Nous sommes des gens qui voulons partager notre savoir.»

On ne sait pas encore quelle fut la réaction de l'intéressé...Qui à la mort de Jean Delannoy, saluait le réalisateur de "l'Eternel Retour" et... de "la Princesse de Clèves" -première adaptation cinématographique du roman, assez fidèle, avec Jean Marais et Marina Vlady dans le rôle titre. Ca faisait assez rire. Mais revenons sur les raisons de cette haine implacable que voue Sarkozy à la belle princesse...

"La princesse de Clèves, c'est qui?"

Une "très belle personne", jeune de surcroit, qui vit à la Cour de Henri II (nous sommes au 16ème siècle). La belle vient de se marier à un cleves.jpghomme plus âgé qu'elle (elle doit avoir 17 ans, quand lui en a 25...Aujourd'hui, cela ne nous paraît pas énorme comme différence d'âge, ca l'était à l'époque). Lors du bal de ses noces, notre princesse rencontre le très beau duc de Nemours...Tous deux tombent éperdument amoureux l'un de l'autre, mais la vertueuse mariée entend rester fidèle à son époux, quel que soit le prix à payer...Même de contrarier ses propres sentiments et faire souffrir celui qu'elle aime vraiment.

Roman historique et premier roman d'analyse, attribué à Mme de Lafayette mais publié au 17ème siècle de façon anonyme, on y suit en effet pas à pas les introspections d'une Princesse de Clèves coincée entre son devoir et un amour dévorant, effrayée par ces sentiments inconnus et en même temps séduite, mais qui ira jusqu'à avouer sa passion à son mari pour qu'il l'en défende. Oui évidemment, dans un siècle où l'on ne s'attache plus à rien, où le mot "fidélité" fait rire et où "amour" veut sans doute dire "sexe" pour beaucoup d'adolescents, ce genre d'histoire paraît ringard, dépassé, "suranné" pour être précieux.

Ou chiant, comme cela a dû l'être pour Nicolas Sarkozy. Voici, dans le texte, ce qu'il pense de l'oeuvre de Mme de Lafayette.

Des propos pas très précieux

Première attaque le 23 février 2006 : «L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle!» Le tout reçu par un parterre d'élus UMP rigolards. Evidemment. (J'avoue que pour moi, la première aura été la meilleure !)

La deuxième fois, ce fut le 4 avril 2008 à Bercy. Le Président y lisait une longue déclaration sur la modernisation des politiques publiques et la réforme de l’Etat devant des ministres, des parlementaires et des fonctionnaires des Finances. «C’est tout ce que nous engageons (…) sur la mobilité, sur la reconnaissance du mérite, sur la valorisation de l’expérience, sur la possibilité pour quelqu’un d’assumer sa promotion professionnelle sans passer un concours ou faire réciter par coeur la Princesse de Clèves! Ca compte aussi dans la qualité de vie d’un fonctionnaire…»

 

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Sur cette nouvelle occurence, note d'un élu UMP qui justement, a du se sentir choqué : André Santini, dans un article du Figaro, expliquait que la secrétaire de Nicolas Sarkozy, fonctionnaire de catégorie C, aurait échoué à un concours interne parce qu'elle ne savait pas qui avait écrit La Princesse de Clèves, «un sujet qui divise jusqu'aux spécialistes», selon Santini. Même si tout le monde s'accorde à penser que c'est bien Mme de Lafayette qui a écrit ce roman, tout ça pour dire qu'entre nommer un auteur et réciter son oeuvre par coeur, il y a un monde !

Troisième et dernière occurence : en juillet 2008, lors d'une rencontre organisée par la Ligue de l'enseignement, le récemment autoproclamé président du Conseil pour la création artistique estime qu'une personne de terrain vaut mieux qu'un crétin d'intellectuel qui connaît la Princesse de Clèves. Enfin, en substance. «Avoir fait du bénévolat, devrait être une expérience reconnue par les concours administratifs, car après tout, ça vaut autant que de savoir par cœur La Princesse de Clèves». Après un silence, il ajoute: «Enfin… j'ai rien contre, mais enfin, mais enfin… parce que j'avais beaucoup souffert sur elle.»

Ah ! Ca y est ! On la tient la raison !

Mais pourquoi est-il si méchant ?

Parce que le petit Nicolas, collégien ou lycéen, ou universitaire, que sais-je, a été traumatisé par une fiche de lecture à faire sur..."La Princesse de Clèves". Tout simplement !

En clair : parce que Monsieur a buté sur le roman, qu'il en a gardé un mauvais souvenir, cela lui donne une bonne raison pour en faire un autodafé verbal à chaque sortie publique...Prions pour que Nicolas Sarkozy n'ait pas trop de mauvais souvenirs du même genre, qui sait ce que la culture devrait encore entendre !

Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy, qui a épousé une intellectuelle et veut se racheter une image moins "bling-bling", dit qu'il adore "Belle du Seigneur" ou "Voyage au bout de la Nuit", deux exemples de roman "de la mordernité". Car aimer "La princesse de Clèves", il faut croire que ça ne faisait pas assez "rupture" -bien que ça aurait été un choix moins convenu que les deux romans précédemment cités.

Maintenant, on attend la riposte de l'Elysée...Peut-être que la hache de guerre sera enterrée, peut-être même que Nico relira "la Princesse de Clèves"....peut-être que rien du tout, c'est aussi possible ! Et même plus vraisemblable...

 
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